
L’élève de 3e qui a poignardé son enseignante d’arts plastiques mardi après-midi dans un collège de Sanary-sur-Mer, dans le Var, avait « trop de haine » à son égard et avait « prémédité » son acte, a affirmé dans un communiqué le procureur de Toulon, Raphaël Balland, mercredi 4 février.
Lors de sa garde à vue, l’auteur de 14 ans a affirmé aux enquêteurs « que le matin des faits, il avait pris le couteau dans la cuisine de son domicile avec l’intention de poignarder sa professeure. Il expliquait qu’il fallait qu’il le fasse, parce qu’il avait “trop de haine” », a précisé le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, qui a demandé son placement en détention provisoire. Il doit désormais être présenté devant le tribunal qui décidera.
L’état de santé de sa victime, âgée de 60 ans, est « toujours préoccupant », après une « première intervention chirurgicale » mardi à l’hôpital Sainte-Anne de Toulon, selon le procureur.
L’adolescent aurait reproché à son enseignante « d’avoir inscrit plusieurs incidents le concernant sur l’application Pronote [permettant aux enseignants de communiquer avec les élèves et les parents]. Il estimait que c’était injuste », a ajouté le procureur.
L’agresseur a également déclaré aux enquêteurs avoir déjà projeté d’agresser sa professeure la semaine précédente. Il avait déjà apporté un couteau au collège « à cette fin, mais il avait renoncé à son projet, ayant peur de passer à l’acte ».
Sa haine de départ s’est transformée en « une grosse haine » envers lui-même et, après l’agression, il a expliqué aux enquêteurs avoir « pleuré toutes les larmes de son corps », se portant des coups.
« Pas de connotation religieuse ou politique »
Les faits se sont déroulés vers 14 heures mardi. La victime, la seule professeure d’arts plastiques de ce collège où elle officiait depuis vingt-huit ans, a reçu mardi après-midi quatre coups de couteau de cet élève de 3e devant sa classe de 22 enfants. Ce dernier a été ensuite « appréhendé dans la cour de récréation par un [membre du] personnel de l’établissement », puis placé en garde à vue pour tentative d’assassinat.
Les investigations et les dires du jeune homme ont permis d’écarter toute motivation religieuse ou politique. « En revanche, il possédait plusieurs armes blanches dans sa chambre, parce qu’il trouvait ça “stylé” », a précisé M. Balland.
Il a redit qu’il n’avait jamais été victime de violences de la part de ses parents. Toutefois un signalement avait été effectué en mars par le collège à la suite de suspicions de violences commises par les parents sur sa jeune sœur. L’enquête avait été classée sans suite mais une mesure d’assistance éducative avait été ordonnée en septembre.
Un rendez-vous avec les services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) devait avoir lieu le 5 février, selon le ministre de la justice, Gérald Darmanin, interrogé sur RTL. Mais « quatre mois pour avoir rendez-vous avec la PJJ (…) c’est trop long », a-t-il admis.
Les cours suspendus
Au collège mercredi matin, les cours étaient suspendus et des cellules psychologiques avaient été mises en place pour les élèves et enseignants. Le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, arrivé dès mardi soir et qui a passé la matinée avec l’équipe du collège avant de repartir, s’est dit mercredi matin « très ému et puis très en colère aussi parce que ce n’est pas acceptable ».
Il a insisté sur la nécessité de travailler « collectivement et sans idéologie, sans instrumentalisation, à une réponse qui nous permette d’éradiquer ce fléau de la violence interpersonnelle ».
« Il y a vraiment la nécessité d’une politique éducative ambitieuse, parce qu’on sait que le traitement de ces situations ne pourra pas se réduire à des réponses uniquement sécuritaires », avait déclaré mardi soir à l’Agence France-Presse (AFP) Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat des collèges et lycées.
Ces derniers mois, une série d’agressions au couteau a secoué la communauté éducative : en septembre, une enseignante avait été agressée dans un collège de Benfeld (Bas-Rhin) et à Antibes (Alpes-Maritimes) un ancien élève avait blessé au couteau un élève ainsi qu’une professeure dans un lycée horticole. En juin, une surveillante avait été tuée à Nogent (Haute-Marne) par un adolescent de 14 ans lors d’une fouille de sac par des policiers. En avril, un lycéen a tué une adolescente de 15 ans à Nantes.
