
Après les arrestations, en lien avec l’affaire Epstein, du prince déchu Andrew Mountbatten-Windsor et de l’ancien ambassadeur Peter Mandelson, des députés britanniques appellent, mardi 24 février, le gouvernement à publier les documents portant sur la nomination du frère du roi comme envoyé spécial au commerce il y a vingt-cinq ans.
A quatre jours d’intervalle, ces deux personnalités britanniques, mises en cause dans la tentaculaire affaire Epstein, ont été arrêtées et placées en garde à vue par la police, soupçonnées d’avoir transmis des informations économiques sensibles au financier et criminel sexuel américain, Jeffrey Epstein.
Le Parti libéral-démocrate (centriste) a annoncé le dépôt d’une motion au Parlement afin de contraindre le gouvernement travailliste à publier les documents relatifs à la nomination du frère cadet de Charles III à son poste de représentant spécial du Royaume-Uni pour le commerce international, qu’il a occupé entre 2001 et 2011. Les conservateurs avaient fait de même pour Peter Mandelson.
« Ce que nous demandons aujourd’hui, c’est que tous les documents relatifs à la vérification des antécédents (…) et la correspondance ministérielle [de l’époque] soient rendus publics », a affirmé le chef de file du parti, Ed Davey, sur la BBC.
La ministre de l’éducation, Bridget Phillipson, a répondu mardi matin, sur la chaîne de télévision Sky News, que le gouvernement « précisera[it] sa position sur cette motion devant le Parlement » dans la journée, tout en soulignant qu’il ne pouvait pas « publier des documents qui pourraient compromettre une enquête ».
Elle a confirmé l’intention du gouvernement de publier, au début de mars, les documents concernant la nomination de Peter Mandelson à Washington, ajoutant, là aussi, qu’il fallait s’assurer que rien « ne puisse compromettre l’enquête ».
L’ancien ministre et commissaire européen a été libéré sous caution dans la nuit de lundi à mardi, après avoir été interrogé pendant plusieurs heures en garde à vue dans un commissariat londonien sur ces potentiels manquements à ses devoirs dans l’exercice de ses fonctions publiques, lorsqu’il était ministre au sein du gouvernement de Gordon Brown, de 2008 à 2010.
Des révélations qui secouent la classe politique britannique
Comme pour Andrew Mountbatten-Windsor, les liens de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein étaient connus. Mais ces deux arrestations font suite à de nouvelles révélations issues d’une nouvelle salve de documents des dossiers Epstein publiés à la fin de janvier par le département de la justice américain. « Il est temps de mettre fin à l’ère de l’impunité, d’abroger les règles qui étouffent l’examen ou le débat, et de garantir que toute personne exerçant une fonction publique – si puissante soit-elle – puisse être véritablement tenue responsable de ses actes », a déclaré dans un communiqué Ed Davey, faisant référence à la position longtemps jugée intouchable des membres de la famille royale.
Même si les deux enquêtes sont distinctes, le journal The Telegraph a exhumé des propos tenus devant le Parlement en 2001 par Peter Mandelson, lequel jugeait l’ancien duc d’York « tout à fait qualifié » pour le rôle d’envoyé spécial.
Des milliers de documents attendus dans les prochains jours
Andrew Lownie, ex-journaliste à la BBC et biographe du prince déchu, a déclaré à l’Agence France-Presse que Peter Mandelson et Tony Blair, premier ministre en 2001, avaient « imposé la nomination » d’Andrew Mountbatten-Windsor comme envoyé spécial.
Les révélations sur les liens de M. Mandelson, ancienne figure du Parti travailliste, avec le pédocriminel américain ont mis sous pression le premier ministre, Keir Starmer, accusé de l’avoir nommé alors même qu’il savait que l’ex-ministre était resté proche de Jeffrey Epstein après la condamnation de ce dernier pour crimes sexuels.
Keir Starmer, qui avait rappelé Peter Mandelson des Etats-Unis en septembre 2025 à la suite de nouvelles informations le liant à Jeffrey Epstein, a depuis présenté ses excuses, notamment aux victimes, et son chef de cabinet comme son directeur de la communication ont démissionné.
Selon la BBC, le gouvernement doit publier plus de 100 000 documents sur M. Mandelson dans les prochains jours, comportant notamment des échanges électroniques entre l’ex-ambassadeur et des membres de l’exécutif. Une partie d’entre eux, potentiellement sensibles pour la sécurité nationale, sont préalablement filtrés par une commission parlementaire, libre de décider de les rendre publics ou non.
