
Le chef du gouvernement provisoire bangladais, Muhammad Yunus, a annoncé lundi 16 février dans la soirée sa démission, quatre jours après les élections législatives, remportées par le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), qui doivent porter son chef, Tarique Rahman, à la tête du pays.
« Ce soir, je me tiens devant vous pour vous dire au revoir, alors que je démissionne de mes fonctions », a déclaré le Prix Nobel de la paix, 85 ans, dans un discours télévisé. « Nous avons nettoyé les ruines, reconstruit des institutions et ouvert la voie aux réformes », a-t-il ajouté.
Vendredi, la commission électorale avait proclamé largement gagnant le BNP, parti de Tarique Rahman, dans le premier scrutin législatif organisé depuis l’insurrection des jeunes de la génération Z qui a mis à bas les quinze ans du règne de Sheikh Hasina, en 2024. Selon son décompte, le BNP a remporté 212 des 300 sièges du Parlement, contre 77 seulement pour la coalition dirigée par les islamistes du Jamaat-e-Islami.
Le chef du Jamaat-e-Islami, Shafiqur Rahman, a reconnu, samedi la victoire de ses rivaux, malgré les irrégularités qu’il avait dénoncées la veille. « Nous reconnaissons les résultats, et nous respectons l’Etat de droit », a écrit le dirigeant du parti islamiste bangladais dans un message diffusé sur les réseaux sociaux. Ces élections ont été « crédibles » et « gérées de façon compétente », a estimé le chef des observateurs de l’Union européenne (UE), Ivars Ijabs. Héritier d’une longue dynastie politique, le chef du BNP, Tarique Rahman, 60 ans, doit prêter serment avec son nouveau gouvernement mardi.
« Le banquier des pauvres »
Muhammad Yunus a pris les rênes du Bangladesh en août 2024 dans la foulée du départ de Sheikh Hasina, à la suite de plusieurs semaines de violentes émeutes qui ont fait, selon l’ONU, au moins 1 400 morts. « C’était un jour de libération. Quel jour joyeux ce fut ! », a-t-il évoqué lundi soir. « Des Bangladais du monde entier ont partagé les mêmes larmes de bonheur. Les jeunes de notre pays l’avaient libéré de l’emprise du démon. »
Pendant un an et demi, l’homme politique a eu la lourde charge de conduire un pays qu’il a lui-même décrit comme « cassé », où les tensions politiques et sociales n’ont jamais cessé jusqu’aux élections de la semaine dernière.
Célèbre depuis le Nobel qui l’a récompensé en 2006 pour avoir offert des microprêts à des millions de femmes pauvres, il n’a pas été épargné par les critiques depuis son retour à Dacca. Il avait annoncé depuis des mois sa décision de quitter ses fonctions sitôt passées les élections.
La réussite du scrutin, sans violence majeure, reste sa principale réalisation. « Le peuple, les électeurs, les partis politiques et les institutions concernées par les élections ont créé un précédent exemplaire », s’est réjoui celui qui a été surnommé « le banquier des pauvres ». « Cette élection servira de référence pour les élections futures », a-t-il insisté.
Muhammad Yunus a également réussi à faire voter jeudi par référendum la « Charte de juillet », un parquet de réformes institutionnelles qu’il est parvenu à imposer aux partis politiques pour renforcer la démocratie.
