Mourir enseveli vivant sous de la terre ou du sable

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C’est l’histoire d’une femme de 32 ans que son compagnon a crue morte… et qui ne l’était pas.

Depuis plusieurs jours, elle se plaignait de violentes douleurs abdominales et d’un malaise croissant. Sur le plan médical, la situation est alors la suivante : elle souffre d’un ulcère duodénal perforé compliqué d’une péritonite, une affection grave, potentiellement mortelle en l’absence de prise en charge médicale rapide. Extrêmement affaiblie, épuisée physiquement et mentalement, elle s’alite.

Lorsque son compagnon rentre chez lui après être allé couper du bois – un homme décrit par la police comme régulièrement violent à son égard –, il la trouve immobile. Pris de panique à l’idée qu’elle soit décédée, il prend une décision irréversible : il transporte le corps dans une remise et l’enterre sommairement dans une fosse peu profonde creusée à la hâte dans un cabanon.

À l’autopsie, rien ne concorde avec une mort « paisible » imputable à une péritonite. L’examen post-mortem de cette femme mesurant 1,58 m révèle des poumons anormalement distendus. Surtout, les voies respiratoires, de la trachée jusqu’aux bronches profondes, contiennent du sable et des particules de sol. L’examen en microscopie à lumière polarisée en confirme formellement l’origine.

Pour que ces particules se retrouvent aussi profondément dans l’arbre respiratoire, un effort ventilatoire est indispensable, même si la personne agonise. Autrement dit, la jeune femme respirait encore au moment de l’ensevelissement. Elle a inhalé la terre qui l’entourait jusqu’à mourir asphyxiée.

Le décès n’est donc pas la conséquence de la péritonite, mais bien le résultat d’une asphyxie mécanique par obstruction des voies aériennes.

Enterrée vivante… sans résistance

Aucune trace de médicaments, d’alcool ou de drogues n’est retrouvée lors des analyses toxicologiques. Aucun lien, aucune entrave, aucun signe de lutte non plus. C’est là l’aspect le plus déroutant : cette femme a été enterrée vivante sans opposer de résistance, sans qu’aucune contrainte physique ou chimique n’ait été nécessaire.

Son état pathologique était tel qu’elle était probablement inconsciente, ou à tout le moins incapable de réagir. Cette vulnérabilité extrême a conduit son compagnon à interpréter son immobilité comme la preuve de son décès, puis à commettre un geste fatal.

La présence de terre profondément inhalée a constitué l’élément clé de l’enquête. Elle a permis d’écarter l’hypothèse d’un décès naturel suivi d’une dissimulation du corps et d’établir avec certitude que la mort résultait de l’ensevelissement. Même si la péritonite aurait pu, à terme, entraîner le décès, c’est bien l’inhumation prématurée qui a causé la mort de cette femme.

Ce cas a été publié en août 2025 dans la revue Forensic Science, Medicine and Pathology par Barbara Dóra Halasi et ses collègues du département de médecine légale de l’université de Debrecen (Hongrie). Ces auteurs soulignent qu’il s’agit, à leur connaissance, du premier cas publié décrivant une patiente gravement malade enterrée vivante sans protestation, sans qu’il ait été nécessaire de la maîtriser physiquement ou de la sédater. Ce cas rappelle combien certaines affections aiguës peuvent plonger un individu dans un état d’effondrement tel qu’il ne répond plus, même face à une menace vitale immédiate.

Ce cas est exceptionnel à plus d’un titre. Les décès par ensevelissement décrits en médecine légale sont en effet le plus souvent accidentels. Ils surviennent sur des chantiers, sur des plages, lorsqu’une paroi d’un trou ou d’un tunnel dans le sable s’effondre.

Inhumés vivant sous du sable

Trou de sable.

En 2018, des médecins légistes japonais ont rapporté dans la revue Legal Medicine un drame survenu lors d’une activité de loisir a priori anodine. Un jeune couple marié de 23 ans meurt après avoir été accidentellement enseveli dans un trou creusé sur une plage.

Dans la journée, l’épouse, aidée de six amis, creuse une vaste cavité afin de préparer une surprise pour l’anniversaire de son mari. Le trou atteint 2,5 mètres de profondeur, avec une large ouverture en surface. Une bâche en plastique bleu est posée au-dessus, sur laquelle est entassé le sable excavé.

Le soir venu, vers 22 h 30, le couple arrive sur la plage. Dans l’obscurité, la jeune femme conduit son mari jusqu’au dispositif. Quelques instants plus tard, les amis s’approchent… et découvrent une scène effroyable : le sable accumulé sur la bâche s’est effondré d’un seul bloc dans la cavité, ensevelissant les deux jeunes adultes. Seules leurs jambes émergent encore. Il faudra entre 70 et 80 minutes pour les dégager complètement. Tous deux sont déclarés morts à l’hôpital.

L’enquête met en évidence une erreur d’appréciation dramatique : les protagonistes avaient anticipé un affaissement du sable, sans imaginer un ensevelissement massif et instantané. Le délai d’extraction, malgré des membres visibles, illustre la rapidité avec laquelle le sable peut devenir un piège mortel.

Les autopsies ont montré la présence de très peu de sable dans le pharynx, le larynx, la trachée ou les bronches. Le décès n’était pas lié à une inhalation de sable, mais à une asphyxie par compression thoracique, sous le poids de la masse sableuse.

Effondrement de trous creusés dans du sable sec

Enfant creusant un trou dans le sable sur une plage.

En 2013, une étude publiée dans la revue Travel Medicine and Infectious Disease a rapporté plusieurs décès dus à l’effondrement de trous, de dunes ou de tunnels de sable.

Un premier cas concerne un touriste de 19 ans sur une plage californienne. Après avoir creusé un trou de 2,4 mètres de profondeur, il s’allonge au fond pour se faire photographier. C’est alors que les parois de sable cèdent brutalement et s’effondrent sur lui. Malgré l’intervention rapide des secours, il décède d’asphyxie mécanique.

Un deuxième cas décrit une touriste de 19 ans ensevelie lors de l’effondrement d’une dune en Irlande, après avoir sauté à plusieurs reprises dans un trou creusé à mi-pente. Coincée sous le sable pendant une trentaine de minutes, elle décède après 24 heures de réanimation.

Le troisième cas concerne un touriste de 16 ans enseveli dans un tunnel de sable qu’il avait creusé sur une plage du New Jersey. Resté coincé sous le sable pendant une vingtaine de minutes, il a été extrait en arrêt cardiaque. Bien qu’un pouls ait été brièvement récupéré, il est décédé deux jours plus tard. Aucun maître-nageur n’était en service au moment de l’accident.

Ces drames illustrent de manière saisissante les dangers méconnus des effondrements d’un trou creusé dans le sable sec à des fins récréatives. Lorsque les parois s’effondrent, la victime est souvent totalement ensevelie, sans trace visible du trou.

En 2017, une série de 52 cas d’ensevelissement dans des trous dans le sable, mortels ou non, survenus au cours d’une décennie, a été rapportée dans The New England Journal of Medicine. Les victimes étaient âgées de 3 à 21 ans, dont 15 avaient dix ans ou moins.

Accident du travail

L’ensevelissement mortel ne concerne pas que les loisirs. En 2008, des médecins légistes de Dubaï ont rapporté dans le Journal of Forensic and Legal Medicine le décès d’un ouvrier de 36 ans enseveli sous une charge de sable déversée par une pelleteuse sur un chantier.

Initialement, des collègues, craignant d’être tenus pour responsables de l’accident, ont dissimulé les circonstances réelles de l’accident, affirmant que l’homme s’était effondré subitement. Sur la base de ces déclarations, le décès a été attribué à tort à un infarctus du myocarde. Ce n’est qu’au cours de l’examen médico-légal que les incohérences sont apparues : le corps est couvert de sable, y compris dans les yeux, la bouche, les narines et les conduits auditifs.

Les examens radiologiques puis l’autopsie révèlent la présence massive de sable dans les voies aériennes, du pharynx jusqu’aux bronchioles, ainsi que dans l’œsophage et l’estomac, preuve formelle d’une inhalation et d’une déglutition survenues du vivant de la victime. Les poumons sont congestionnés et œdémateux, envahis de particules de sable.

La cause du décès est établie : il s’agit une asphyxie mécanique par inhalation de sable. L’enquête confirmera que l’ouvrier a été enseveli vivant lorsqu’une benne de sable a été accidentellement vidée sur lui par une pelleteuse. Ce cas souligne le rôle déterminant de la médecine légale pour rétablir la vérité face à une mise en scène trompeuse et rappelle que l’ensevelissement par sable peut provoquer une mort rapide et silencieuse sur les lieux de travail.

Homicide par ensevelissement

Enterrer volontairement une personne vivante suppose généralement qu’elle soit entravée ou rendue incapable de se défendre car droguée par un sédatif, de l’alcool ou un anesthésique.

En 2023, le médecin légiste australien Roger Byard a rapporté un cas exceptionnel d’homicide par ensevelissement. Une jeune femme est retrouvée dans une fosse peu profonde, en position assise, mains liées dans le dos, jambes entravées et yeux bandés.

L’imagerie post-mortem met en évidence un comblement des voies aériennes supérieures par un matériau radio-opaque compatible avec de la terre.

L’autopsie confirme ces constatations : la bouche est remplie de sable, avec des dépôts sur le palais, la langue et le pharynx. La glotte est obstruée par un amas compact qui se prolonge dans la partie supérieure de l’œsophage. Le larynx, la trachée et les bronches principales sont remplis d’un matériau terreux/sableux sombre, compacté, qui s’étend jusque dans les poumons.

L’enquête de police révèle que la victime a été enlevée trois jours avant la découverte du corps. Le décès est sans doute survenu rapidement après le recouvrement de la tête par le sable. La panique et la terreur au moment de l’ensevelissement ont probablement entraîné des inspirations profondes, favorisant la pénétration rapide de la terre jusque dans les voies respiratoires basses.

Ces cas, accidentels ou criminels, montrent qu’une matière meuble – sable ou terre – peut devenir en quelques secondes un piège mortel, et que la présence de particules dans les voies respiratoires constitue un indice clé pour distinguer un ensevelissement ante-mortem d’une dissimulation post-mortem.

Taphophobie

Ces drames font écho à une peur ancienne : celle d’être enterré vivant. Avant le XIXᵉ siècle, l’absence de critères fiables pour constater la mort a nourri d’innombrables récits de vivisépulture, terme désignant l’inhumation d’une personne encore en vie.

En 1891, le psychiatre italien Enrico Morselli forge le terme taphophobie, du grec taphos (tombe) et phobos (peur). Edgar Allan Poe avait déjà exploré cette angoisse dans The Premature Burial.

Cette angoisse n’est pas restée abstraite : elle a suscité, dès le XIXᵉ siècle, une floraison de réponses techniques destinées à conjurer le spectre de l’inhumation prématurée.

Les dispositifs imaginés pour éviter l’inhumation prématurée

Pour tenter d’échapper à ce cauchemar, une véritable micro-industrie voit alors le jour. Le XIXᵉ siècle est ainsi marqué par l’apparition de « cercueils de sécurité », équipés de tuyaux d’aération censés maintenir un apport minimal d’oxygène, de trappes permettant une éventuelle sortie, et surtout de dispositifs de signalisation reliés à la surface. Certains modèles promettent l’ouverture automatique du couvercle au moindre mouvement.

Les systèmes se multiplient et se complexifient : cloches actionnées par des cordelettes attachées aux mains, aux pieds ou à la tête ; leviers déclenchés par un frémissement ; trompettes censées porter la voix du « défunt » jusqu’aux vivants. D’autres cercueils sont surmontés d’une lucarne vitrée permettant à un veilleur d’observer le visage et de détecter un éventuel signe de vie. L’objectif est toujours le même : offrir une ultime chance à celui qui se réveillerait sous terre de signaler sa présence.

Parmi les dispositifs les plus élaborés figure le cercueil breveté en 1843 par l’inventeur américain Christian Eisenbrandt, conçu pour que le moindre mouvement de la tête ou d’une main déclenche un mécanisme de ressorts ouvrant instantanément le couvercle. En 1868, Franz Vester, inventeur d’origine allemande, propose son Burial Case : un tube vertical débouchant à la surface, muni d’une échelle et d’une cloche. En cas de réveil, l’inhumé peut soit grimper vers l’air libre, soit tirer sur la corde pour alerter un gardien, qui vérifie alors visuellement, par le tube, s’il s’agit d’un vivant ou d’un cadavre en décomposition.

Malgré l’ingéniosité déployée, aucune preuve solide n’indique que ces dispositifs aient réellement sauvé des vies. On sait en revanche que des mouvements post-mortem, liés à la rigidité cadavérique ou à la décomposition, pouvaient suffire à faire sonner les cloches… déclenchant de fausses alertes.

Ces cercueils ingénieux, parfois extravagants, disent moins la fréquence réelle des inhumations prématurées que la terreur qu’inspirait l’idée de l’erreur : celle de confondre la mort apparente avec la mort réelle, une angoisse que les progrès de la médecine ont largement dissipée, sans toutefois en effacer totalement l’ombre.

À la lumière des décès modernes par ensevelissement sous de la terre ou du sable, la taphophobie ne relève donc pas seulement du folklore ou des angoisses d’un autre temps. Elle rappelle que, même aujourd’hui, l’erreur, la panique ou l’ignorance peuvent transformer une matière ordinaire en piège fatal.

La taphophobie n’a pas disparu. À l’ère de la transplantation, elle s’est déplacée vers une autre crainte, celle de ne pas être réellement mort – voire de se réveiller – au moment d’un prélèvement d’organes.

Pour en savoir plus :

Halasi BD, Borsay BÁ, Harsányi TG, et al. Severe illness as a risk factor for live burial. Forensic Sci Med Pathol. 2025 Aug 13. doi : 10.1007/s12024-025-01070-z

Byard RW. Premature burial. Forensic Sci Med Pathol. 2023 Dec ; 19 (4) : 625-628. doi : 10.1007/s12024-023-00644-z

Byard RW. Homicidal burial – Forensic issues. J Forensic Leg Med. 2023 Nov ; 100 : 102617. doi : 10.1016/j.jflm.2023.102617

Kiryu K, Takeichi T, Kitamura O. An autopsy report of accidental burial in a beach sand hole. Leg Med (Tokyo). 2018 Nov ; 35 : 88-90. doi : 10.1016/j.legalmed.2018.09.013

Heggie TW. Sand hazards on tourist beaches. Travel Med Infect Dis. 2013 Mar-Apr ; 11 (2) : 123-5. doi : 10.1016/j.tmaid.2012.12.001

Benomran FA, Hassan AI. Accidental fatal asphyxiation by sand inhalation. J Forensic Leg Med. 2008 Aug ; 15 (6) : 402-8. doi : 10.1016/j.jflm.2008.01.008

Maron BA, Haas TS, Maron BJ. Sudden death from collapsing sand holes. N Engl J Med. 2007 Jun 21 ; 356 (25) : 2655-6. doi : 10.1056/NEJMc070913



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