L’historien Tal Bruttmann, un œil aigu sur la Shoah

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Tal Bruttmann le répète à longueur de conversations : il n’est pas intéressant. Et même, il n’aime que dire des conneries. D’ailleurs, on ferait bien de renoncer à ce portrait, assure-t-il lors d’une première rencontre à Paris, en avril. Il est pourtant connu comme l’un des meilleurs spécialistes français de la Shoah.

Lors des 80 ans de la découverte d’Auschwitz, en janvier 2025, il était invité à parler dans tous les médias vêtu de son uniforme, jeans, polo Fred Perry, baskets Puma, tel un copain qui se serait échappé d’un bar pour venir parler de la « solution finale », d’Auschwitz ou de l’antisémitisme en France, ses trois spécialités.

S’il est loin de l’image policée que l’on se fait de l’universitaire, c’est qu’il ne l’est pas. Tal Bruttmann est un historien à part. Il n’a pas fini sa thèse, indispensable pour obtenir un poste. « L’université m’emmerde. » Quoi, exactement ? « Tout. » Ce Grenoblois de 53 ans s’est construit une vie de chercheur indépendant, faite de collaborations avec des musées, de formations de profs de lycée à l’histoire de la Shoah, de conférences données un peu partout dans le monde, et d’une dizaine de livres.

Son dernier, Un album d’Auschwitz (Seuil, 2023), coécrit avec les Allemands Christoph Kreutzmüller et Stefan Hördler, a été « un succès colossal », admet-il lui-même, avant de l’analyser, prenant toujours soin d’afficher l’humilité avec l’assurance, comme un « coup de bol qui ne se reproduira jamais ». Vendu à 15 000 exemplaires, il représente en effet, pour un ouvrage de sciences humaines, un best-seller. Le livre a fait l’objet d’une exposition au Mémorial de la Shoah, à Paris, en janvier.

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