
Le constat dressé par l’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) dans son rapport annuel, publié mercredi 4 février, est glacial. Avec désormais les trois quarts de la population mondiale sous la coupe d’une large palette de régimes autoritaires, la démocratie est revenue brutalement en arrière, plus précisément au niveau de 1985, à l’ère des dictatures d’Amérique latine et du bloc de l’Est. La Chine et la Russie sont depuis des années aux avant-postes de cette offensive opiniâtre. Mais elles reçoivent désormais un important soutien venu de la puissance qui s’est longtemps présentée, non sans abus, comme la gardienne de l’Etat de droit.
Comme l’a illustré la visite déférente rendue début février aux responsables de la junte au pouvoir au Mali par le responsable du bureau des affaires africaines du département d’Etat, il ne faut plus compter, en effet, sur les Etats-Unis pour faire obstacle à une érosion généralisée qui n’épargne pas le continent africain. Les droits mentionnés dans la stratégie de sécurité nationale publiée en décembre 2025 se limitent d’ailleurs à ceux de douane et « aux droits naturels donnés par Dieu aux citoyens américains ». Il suffit à l’administration de Donald Trump d’invoquer un principe dévoyé de souveraineté pour regarder ailleurs.
L’idéologue de la Maison Blanche, Stephen Miller, a résumé en une phrase lapidaire l’état d’esprit qui y règne. « On peut parler autant que l’on veut de subtilités internationales et de tout le reste, mais nous vivons dans un monde, dans le monde réel (…) qui est régi par la force, qui est régi par la puissance, qui est régi par le pouvoir », a-t-il déclaré en janvier sur CNN. Le problème pour les citoyens des Etats-Unis est que ce qui vaut pour le droit international s’applique également à ceux qui doivent les protéger des abus de pouvoir. Le même raisonnement faussé a conduit dans une vieille démocratie comme la France un ministre régalien – Bruno Retailleau, alors qu’il était ministre de l’intérieur, en 2024 – à opposer « le peuple » au droit, au motif que l’Etat de droit ne serait « pas intangible, ni sacré ».
HRW dresse une liste impressionnante des « violations flagrantes » des droits humains perpétrés aux Etats-Unis par une administration qui les méprise. « Les tentatives d’accroître les pouvoirs coercitifs de l’exécutif et de neutraliser les contrepouvoirs démocratiques témoignent d’une dérive autoritaire », écrit l’organisation internationale.
Les excès de la police de l’immigration en sont devenus la sinistre illustration, avec les assauts contre les juges, contre la presse indépendante, ou encore l’instrumentalisation de la justice pour régler des comptes politiques. Il n’est pas étonnant que cette dérive s’accompagne par ailleurs d’une hausse significative des exécutions capitales dont Donald Trump est un fervent défenseur pour les crimes fédéraux, avec le concours de la Cour suprême.
Certes, cette dégradation avait commencé bien avant son retour au pouvoir, et même avant son premier mandat, de 2017 à 2021. Il n’empêche. Chacun peut se prévaloir désormais de l’exemple détestable que Donald Trump incarne pour justifier ses propres errements. Comme y invite Human Rights Watch, il est temps que se lève une « coalition de volontaires » pour continuer de défendre les droits humains. Ils nous protègent de l’arbitraire qu’autorise la force sans contrôle.
