
Le territoire des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) – constitué de cinq districts : les archipels Crozet, Kerguelen, les îles Saint-Paul et Amsterdam, la Terre Adélie (en Antarctique) et les îles Eparses (depuis 2007) – a procédé le 1er janvier à l’émission de douze timbres et quatre blocs-feuillets pour un montant total de 35,52 euros.
A noter que de nombreux timbres affichent une valeur faciale de 1,39 euro, l’ancien tarif de la lettre simple en métropole, passé à 1,52 euro le 1er janvier !… Un manque à gagner manifeste.
Les nouveaux timbres des TAAF du programme « officiel » sont traditionnellement mis en service chaque début d’année, auxquels s’ajoutent des « hors programme ».
L’année 2025 a ainsi vu des timbres paraître le 30 mars (« Marion-Dufresne. 30 ans », par Captain Atlas), le 6 août (70e anniversaire de la création des TAAF par la loi n° 55-1052 du 6 août 1955, dessin de Xavier Gorce), et le 6 novembre (usage courant, à 0,01 euro, 0,04 euro, 0,10 euro, 0,15 euro et 0,20 euro, et 30e anniversaire de la disparition de Paul-Emile Victor).
On peut supposer qu’un certain nombre de timbres viendront compléter au cours de l’année 2026 la « volée » de janvier, à l’occasion du salon Paris-Philex, du 10 au 13 juin, à Paris Expo Porte de Versailles et au Salon philatélique d’automne, à l’Espace Champerret, à Paris, en novembre.
Ont donc été émis le 1er janvier :
– 2,10 euros x 2 réunis dans un bloc-feuillet vendu 4,20 euros, « Midwinter ». « La fête de la Midwinter doit son origine à la National Antarctic Expedition (Discovery), première expédition en Antarctique du XXe siècle commandée par Robert Falcon Scott en 1902. Afin de couper la monotonie du long hiver austral, l’un des officiers de l’expédition Ernest Shackleton eut l’idée d’une fête le 21 juin afin de célébrer le passage à la seconde moitié de l’hiver », précisent les TAAF dans un communiqué. L’historien Pierre Couesnon explique que « le terme de “Midwinter” est “galvaudé” et prête à confusion ».
Ainsi, « dans l’hémisphère nord, le solstice d’été (autour du 21 juin) est le jour le plus long de l’année (et la nuit la plus courte). Le solstice d’hiver (autour du 21 décembre), est le jour le plus court (et la nuit la plus longue).
Dans l’hémisphère sud c’est l’inverse : autour du 21 décembre (qui correspond à la hauteur du Soleil à midi la plus basse de l’année), c’est le jour le plus long (et la nuit la plus courte). Autour du 21 juin, le soleil atteint sa hauteur la plus haute de l’année à midi et cela correspond au jour le plus court de l’année (et la nuit la plus longue).
Il existe plusieurs hivers (et étés) : hiver astronomique, hiver météorologique (au nord, de décembre à février et au sud de juin à août) et l’hiver calendaire. La Midwinter est une date « non reconnue » mais qui a été initiée et inaugurée par Shackleton. Elle est basée sur le calendrier astronomique (solstice d’hiver) et non sur les calendriers calendaire ou météorologique. En fait, c’est la date de basculement (qui peut varier d’une journée ou deux), où, en Antarctique, le jour va commencer à s’allonger et la nuit se raccourcir ».
Le bloc-feuillet, conçu par Sylvie Patte et Tanguy Besset, est imprimé en offset.
– 2,78 euros, « Télémédecine dans les TAAF ». Timbre dessiné par Thierry Mordant, gravé par Claude Jumelet et imprimé en taille-douce.
– 5,56 euros (bloc-feuillet comprenant quatre timbres à 1,39 euro), « L’île Europa sanctuaire des quatre éléments ». Feuillet conçu par Lucile Soussan, imprimé en offset. Chaque élément est illustré par une caractéristique de la biodiversité locale : crabe des mangroves (terre), tortue verte, récifs coralliens et lagon intérieur (eau), les oiseaux, crabier blanc (air) et activité volcanique sous-marine et photosynthèse essentielle à l’écosystème illustrée par les palétuviers (feu).
– 2,10 euros x 2 réunis dans un bloc-feuillet vendu 4,20 euros, « Les fonds marins du district de Terre Adélie. Profondeur : 1 250 mètres ». « A ces profondeurs les fonds sont plus désertiques, vaseux et parsemés de blocs de roches sur lesquels s’implantent des organismes peu abondants et peuvent être entaillés de profonds canyons. Les deux timbres mettent l’accent sur une espèce de poisson grenadier abondante à ces profondeurs, Macrourus whitsoni, et sur une pennatule, Umbellula sp. genre d’animal de l’embranchement des cnidaires qui vit fixé dans la vase et se nourrit en filtrant les particules en suspension dans l’eau de mer. » Le bloc-feuillet, dessiné par Sarah Lazarevic, est imprimé en offset et taille-douce.
– 1,39 euro x 3, « Arctocephalus tropicalis », l’otarie d’Amsterdam aux trois âges de la vie (après une représentation timbrée en 2023 des trois âges de la vie de l’éléphant de mer). Timbres dessinés et gravés par Pierre Albuisson, imprimés en taille-douce.
– 2,78 euros (bloc-feuillet), « Anniversaire. 70 ans de la base Dumont-d’Urville », en Terre Adélie. Timbre dessiné et gravé par André Lavergne, imprimé en offset et taille-douce. Dans les années 1950, « les bases présentes sur le district sont la base de Port-Martin (construite en 1950 mais inoccupée depuis l’incendie de janvier 1952) et la base Marret (construite en 1952) sur l’île des Pétrels (archipel Pointe-Géologie), initialement conçue comme un refuge pour l’étude de la population de manchots empereurs présente à proximité. L’objectif dans le cadre de l’Année géophysique internationale [en 1957-1958] est d’édifier deux nouvelles bases en Terre Adélie : une première nommée Dumont-D’Urville sur l’île des Pétrels ; et l’autre nommée Charcot sur le continent, à plus de 300 km de la côte. La base Dumont-D’Urville est mise en service en avril 1956 ». La station Charcot est fermée en 1959.
– 1,39 euro x 2, « Forstérite » (minéral, silicate), principal constituant de la péridotite. « A Kerguelen et à Crozet, on trouve la forstérite dans des nodules pluri-centimétriques à pluri-décimétriques de manteau terrestre remontés en surface par les magmas basaltiques formant les grandes coulées structurant les îles (…). En joaillerie elle est souvent appelée péridot et entre dans la catégorie des pierres fines (…). C’est Armand Lévy (1795-1841), minéralogiste français, qui a décrit la forstérite en 1824 à partir de spécimens provenant du Mont Somma (complexe du Vésuve, Italie) en la dédiant à Adolarius Jacob Forster (1739-1806), naturaliste collectionneur de minéraux. » Les timbres, créés par l’atelier Lemayeur-Alunni, sont imprimés en offset.
– 2,10 euros, « L’Aventure II District de Kerguelen », chaland en service dans le golfe du Morbihan, aux Kerguelen. « Né en 1990 dans les Chaudronneries industrielles de Bretagne (CIB), il sert de support aux opérations logistiques de chargement et de déchargement du Marion-Dufresne et de moyen de transport pour les missions scientifiques et environnementales conduites dans le golfe du Morbihan. Mesurant 18 mètres de long pour 5,60 mètres de large, le chaland pèse 40 tonnes et a une capacité de charge de 30 tonnes, ce qui lui permet d’emmener des chargements beaucoup plus importants que l’hélicoptère lors du ravitaillement du district de Kerguelen. L’équipe de l’Aventure II se compose de deux marins issus de la marine nationale. »
Le timbre est dessiné et gravé par Christophe Laborde-Balen et imprimé en taille-douce.
– 1,39 euro x 2, « Le mont Branca, district de Crozet », situé à 383 mètres d’altitude, au-dessus de la base Alfred-Faure, sur l’île de La Possession. « Baptisé en 1902, il fait référence à Whilem Branca – ou Branco – (1844-1928), professeur de géologie et paléontologie à l’université de Berlin, le directeur scientifique de l’expédition allemande [à bord du navire] Gauss [en 1901-1903]. » Timbres créés par Raphaële Goineau, imprimés en offset.
– 1,39 euro, « Bergers de Port-Couvreux. District de Kerguelen ». Quelques timbres des TAAF traitent déjà ce sujet et on pourra s’interroger de la pertinence d’en imprimer un de plus, même si sa gravure est réussie, les visuels ne manquant évidemment pas de se ressembler d’une émission à l’autre… Le timbre, dessiné et gravé par Pierre Bara, est imprimé en taille-douce.
Plutôt que de reprendre les informations qui accompagnent la sortie du timbre, remettons-nous en une fois de plus à Pierre Couesnon, toujours aussi précis, qui s’en tient aux sources :
« La concession de Kerguelen a été accordée au seul Henry Bossière le 31 juillet 1893 [et non aux deux frères]. Son frère René fut nommé Résident de France à Kerguelen le 26 mars 1896. Pour les moutons débarqués à ce qui sera baptisé Port-Couvreux, 1 144 sont débarqués du trois-mâts Jacques le 19 août 1913 (et non 1911) sur les 1 503 achetés aux Falkland. René Bossière est du voyage.
Trois bergers sont laissés dans la baraque construite par l’équipage du Jacques : Bernard Joly, Abel Champalbert et Alfred Alaverry. Ils ne seront rapatriés que le 10 février 1915 avec les deux gardiens norvégiens de Port-Jeanne d’Arc par le Isle of Kerguelen venu du Cap et qui les ramène au Cap.
Alaverry revient à Kerguelen avec la flottille anglo-norvégienne le 28 septembre 1920 pour faire une évaluation des moutons survivants et un état des lieux de la maison à la demande d’Henry Bossière. Il repart de Kerguelen en décembre 1920 avec le premier navire norvégien qui part sur Cap Town avec un premier chargement d’huile.
La reprise des activités à Port-Couvreux intervient le 12 novembre 1922, avec la venue à bord d’un navire anglo-norvégien, d’Alfred Alaverry de nouveau, accompagné de Paul Aubé, avec un nouveau lot de moutons. Ils seront rejoints par un troisième berger, Joseph Jegu, en décembre 1923. Ils vont rester à Port-Couvreux jusqu’à leur relève le 29 mars 1925. »
– 1,39 euro, « Alain Lamalle (1941-2017) ». « Formé comme radariste dans la Marine nationale, Alain Lamalle sert en Algérie au titre de l’aéronavale. A son retour il décide d’une nouvelle orientation professionnelle et passe des concours pour entrer au CNRS et s’oriente vers le rayonnement cosmique. ce titre il postule aux TAAF et hiverne en terre Adélie (1967) et à Kerguelen (1969) puis est chef de district de la 8e mission à Crozet (1971). » Dessiné et gravé par Sophie Beaujard, le timbre est imprimé en taille-douce.
– 1,39 euro, « Awaca. 1 100 km pour comprendre le cycle de l’eau en Antarctique ». Timbre créé par Captain Atlas, imprimé en offset. « Copiloté par le CNRS, le CEA, l’EPFL et l’Ecole polytechnique, le projet Awaca vise à mieux caractériser le cycle de l’eau atmosphérique au-dessus de l’Antarctique grâce à une instrumentation innovante, déployée par l’Institut polaire français. Le raid scientifique du projet, a commencé à déployer ses instruments pendant la campagne d’été 2024-2025 en terre Adélie le long d’un axe de 1 100 km aligné sur la trajectoire des masses d’air transportant l’humidité de l’océan vers l’intérieur de l’Antarctique. A terme, l’objectif du projet est de reconstituer la variabilité climatique de l’Antarctique sur le dernier millénaire et d’optimiser les modèles numériques de nouvelle génération afin de prédire la variabilité des 100 prochaines années. »
Tous ces timbres sont tirés chacun à 16 000 exemplaires, bien loin des 100 000 exemplaires, du 0,15 euro « Pyrite » paru en 2009, des 60 000 paires « Zircon » (2011) ou des 55 000 exemplaires du bloc-feuillet « Oiseaux des TAAF » (2016)…
Ces petits tirages renvoient sans doute au moindre attrait de la philatélie… Une analyse à confronter cependant à la spécificité des TAAF, un territoire sans population permanente – accueillant des scientifiques, des logisticiens, des militaires, etc., pour des missions d’une durée dépassant rarement les douze mois –, ni élus, placé sous l’autorité d’un préfet, administrateur supérieur, avec une histoire postale plus que centenaire !
Les timbres des TAAF, reflets des préoccupations environnementales de notre époque, continuent à bénéficier d’une image chargée d’un parfum d’aventure que le grand public ne demande qu’à découvrir.
Pour découvrir les territoires austraux « derrière son écran », les TAAF, en partenariat avec l’Institut polaire français, l’académie de La Réunion et le Vendée Globe, ont conçu des « colis numériques » qui permettent de voyager à bord du Marion-Dufresne, du départ de La Réunion au retour, pour découvrir Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam, en faisant un crochet par Tromelin (Eparses)…
Un nouveau préfet
A noter le départ en retraite le 31 décembre 2025 de Florence Jeanblanc-Risler, préfète et administratrice supérieure des Terres australes et antarctiques françaises. Nommée par décret le 5 octobre 2022, elle avait pris son poste à La Réunion le 27 octobre suivant, succédant à Charles Giusti. Son successeur, Mikaël Quimbert, a été nommé le 10 décembre 2025, pour une entrée en fonction le 1er janvier.
M. Quimbert, conseiller outre-mer au cabinet du premier ministre, diplômé de Sciences Po Rennes (1996), est passé par l’Ecole du service public de la mer (2000-2003) et par l’ENA (2016). Il est trésorier adjoint, depuis 2018, de l’Association internationale des amis de Pierre Loti…
Appel pour des sujets de timbres
Enfin, les TAAF lancent un appel à contribution au public pour les sujets de ses timbres relevant du programme philatélique 2027. Une première !
Des propositions peuvent, en outre, être formulées pour l’émission de timbres « hors programme » à paraître dans le courant de l’année 2026.
Un formulaire réservé à cet effet est à compléter et à renvoyer sur la boîte philatelie@taaf.fr, au plus tard le 15 janvier.
Le territoire précise que « les propositions non argumentées ou rédigées sur un autre support que le formulaire ci-joint ne seront pas examinées. Les images ou photos transmises à l’appui des propositions doivent être libres de droits pour être utilisées dans le cadre de la conception du timbre ».
Pour recevoir du courrier des TAAF…
Pour expédier et recevoir du courrier des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), le site Internet des TAAF fournit une marche à suivre très précise, mise à jour par le territoire le 2 juin 2025…
Pour adresser du courrier au commandant du Marion Dufresne, bâtiment qui assure la logistique des Terres australes françaises, dans l’océan Indien, et obtenir une réponse (fournir une enveloppe timbrée à votre adresse, timbre de métropole ou des TAAF) :
– Commandant du Marion-Dufresne, C/O GMC Shipping Agency, 83, rue Jules-Verne, CS 51176, Zone industrielle n° 2, 97829 Le Port Cedex, La Réunion.
Pour recevoir du courrier des différents districts du territoire, vous devez, en premier lieu, libeller une lettre à votre adresse affranchie avec un timbre des TAAF (que vous aurez préalablement acheté) au tarif en vigueur.
Glisser le pli dans une enveloppe timbrée (timbre de France) adressée à la gérance postale de votre choix :
– M. le Gérant postal du district de Crozet, Base Alfred-Faure – TAAF, 5, rue Francis Sautron, CS 51302, 97721 Le Port Cedex.
– M. le Gérant postal du district de Kerguelen, Base de Port-aux-Français – TAAF, 5, rue Francis Sautron, CS 41301, 97721 Le Port Cedex.
– M. le Gérant postal du district de Saint-Paul et Amsterdam, Base Martin-de-Viviès – TAAF, 5, rue Francis Sautron, CS 31300, 97721 Le Port Cedex.
– M. le Gérant postal du district de Terre Adélie, Base Dumont-d’Urville – District de Terre Adélie – TAAF, Via Roissy Hub, BP 17615 Cargo 9, 95724 Roissy CDG Cedex
– M. le Vaguemestre de Tromelin, District des Iles Eparses de l’océan Indien – TAAF, 5, rue Francis Sautron, CS 91297, 97721 Le Port Cedex.
– M. le Vaguemestre de Juan de Nova, District des Iles Eparses de l’océan Indien – TAAF, 5, rue Francis Sautron, CS 11298, 97721 Le Port Cedex.
– M. le Vaguemestre d’Europa, District des Iles Eparses de l’océan Indien – TAAF, 5, rue Francis Sautron, CS 21299, 97721 Le Port Cedex.
– M. le Vaguemestre des Glorieuses, District des Iles Eparses de l’océan Indien – TAAF, 5, rue Francis Sautron, CS 81296, 97721 Le Port Cedex.
Votre lettre vous reviendra après avoir voyagé jusqu’aux TAAF, patience de rigueur !
Le plus simple, pour acheter des timbres des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), reste de se connecter sur le site de la boutique philatélique de La Poste, rubrique « timbres hors métropole » (TAAF).
Vous pouvez aussi vous rendre : au siège des TAAF, à La Réunion, rue Gabriel Dejean, à Saint-Pierre ; en métropole, au Carré d’Encre, 13 bis, rue des Mathurins 75009 Paris.
