
Malgré des efforts de recyclage, la menace pour la santé humaine liée à la fabrication, à l’utilisation et à l’élimination des plastiques va fortement augmenter dans les années à venir, selon une étude publiée mardi 27 janvier dans The Lancet Planetary Health. « La pollution plastique et les émissions associées à son cycle de vie nuisent à la vie et au bien-être des populations dans le monde entier, mais l’ampleur des multiples impacts sur la santé n’a pas encore été pleinement quantifiée », écrivent les auteurs.
Pour ce travail de modélisation, des scientifiques britanniques et français ont cherché à intégrer les différentes étapes du cycle de vie du plastique pouvant nuire à la santé humaine, de l’extraction du pétrole et du gaz servant à sa fabrication jusqu’à la pollution causée par ses déchets.
Cette étude, présentée comme la première à estimer le nombre d’années de vie en bonne santé perdues avec le cycle de vie du plastique, ne prend cependant pas en compte d’autres possibles sources de dommages, comme les microplastiques ou les produits chimiques pouvant s’échapper d’emballages alimentaires.
« C’est, sans aucun doute, une sous-estimation considérable de l’impact total sur la santé humaine », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Megan Deeney, autrice principale de l’étude et membre de l’Ecole d’hygiène et de médecine tropicale de Londres.
Un impact sanitaire qui pourrait doubler d’ici à 2040
Reste que le nombre d’années de vie en bonne santé perdues à cause du plastique pourrait plus que doubler dans le monde, de 2,1 millions en 2016 à 4,5 millions en 2040, si rien ne change, selon les scientifiques, qui ont utilisé un indicateur permettant d’estimer le nombre d’années de vie en bonne santé perdues à cause d’une incapacité ou d’un décès prématuré.
Megan Deeney a cité l’exemple d’une bouteille d’eau en plastique et de son cycle de vie. Sa fabrication commence par l’extraction de pétrole et de gaz, comme pour plus de 90 % des plastiques. Ensuite, une série de processus chimiques est nécessaire pour transformer ces combustibles fossiles en polyéthylène téréphtalate (ou PET), matériau à partir duquel la bouteille est conçue. Une fois fabriquée, la bouteille est transportée jusqu’aux lieux de commercialisation. Après usage, elle devient un déchet.
Malgré des efforts de recyclage, la plupart des plastiques finissent dans des décharges où ils peuvent mettre des siècles à se décomposer, libérant des produits chimiques, a relevé la scientifique.
Et même dans un scénario – modélisé par l’étude – d’efforts mondiaux accrus contre les dommages du plastique sur la santé, le recyclage ferait peu de différence. Le plus efficace, a observé Megan Deeney, est de réduire la quantité de plastique « inutile » initialement produite.
Jusqu’ici, les tentatives de conclure un traité mondial contre la pollution plastique se sont heurtées à l’échec cuisant de deux rounds de négociations, en 2024 et 2025, sous l’effet de l’opposition des pays essentiellement pétroliers. Face à cette « crise sanitaire mondiale », les pays peuvent cependant agir au niveau national, a souligné Megan Deeney.
