
L’autrice du livre Corps à cœur a annoncé, jeudi 26 février, porter plainte après avoir subi un « déferlement de haine » depuis que son ouvrage de dark romance a été accusé de faire l’éloge de la pédophilie et retiré de la vente par Amazon.
Mardi, la haute-commissaire à l’enfance, Sarah El Haïry, avait annoncé avoir saisi la justice pour réclamer le retrait du livre après le lancement d’une pétition contre l’ouvrage, ayant recueilli plus de 60 000 signatures. Interrogé, le parquet de Paris avait déclaré, mercredi soir, que le dossier était en cours d’analyse, « au regard des textes de loi ».
Jeudi, l’autrice Jessie Auryann s’est défendue publiquement, dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse (AFP) par son avocat, Me Romain Ruiz, qui a porté plainte notamment pour menaces de mort et cyberharcèlement.
« Aux antipodes d’une mise en valeur du crime, l’ouvrage de Mme Auryann est le fruit d’un travail de plusieurs mois sur les ressorts de la pédocriminalité, qu’il dénonce explicitement et dont il ne fait ni la promotion ni l’apologie (…) les extraits incriminés portent ainsi sur un récit fictionnel, rédigé à la première personne et qui ne valide à aucun moment le point de vue du personnage en question, bien au contraire », affirme l’avocat.
« Une ligne rouge éthique et légale »
Le livre était accompagné d’un avertissement aux lecteurs et d’une explication sur les raisons qui ont poussé l’autrice à l’écrire, se disant « bouleversée » par le « silence » autour des affaires de pédocriminalité, souligne-t-il. « Menacée, injuriée, harcelée et mise en danger par des publications révélant de nombreuses données personnelles, Mme Auryann réfute donc toute intention de promouvoir la pédocriminalité », poursuit-il.
« Mme Auryann s’inquiète par ailleurs de la diffusion non souhaitée des passages les plus éprouvants de son livre sur des réseaux sociaux largement utilisés par un public particulièrement jeune », ajoute-t-il. « Si la liberté de création suppose le droit de heurter, de choquer ou d’inquiéter, c’est précisément parce qu’une œuvre peut susciter le débat, ce qui, en démocratie, est non seulement permis mais également sain », poursuit l’avocat.
« Ce débat n’existe toutefois qu’à la condition que l’œuvre ne soit pas lynchée en place publique par des interprétations subjectives et des lectures partielles voire inexistantes », souligne Me Ruiz. A l’inverse, la pétition lancée sur Change.org estime que le livre « franchit une ligne rouge éthique et légale qui nécessite une intervention immédiate ».
Corps à cœur est un livre autopublié, dont le premier tome est sorti en 2023 et le second un an plus tard. Il entre dans la catégorie dark romance (sombre romance), sous-genre littéraire apparu dans les années 2010 qui a connu un succès croissant. Ces romans mettent en scène des relations impossibles qui peuvent être basées sur des violences sexuelles ou psychologiques.
