La nécessaire épreuve de force face à Donald Trump

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L’épreuve de force est engagée entre Donald Trump et l’Union européenne (UE), et le président des Etats-Unis en est l’unique responsable. En menaçant d’imposer de nouveaux droits de douane aux pays membres de l’UE qui ont exprimé clairement leur opposition à son projet, devenu obsessionnel, de s’emparer du Groenland, le locataire de la Maison Blanche, poussé par des idéologues mal inspirés, a fait le choix de l’escalade.

Il faut manifestement le répéter, rien ne justifie une telle provocation. Elle va à l’encontre de l’avis des Groenlandais, qui ont exprimé clairement, samedi 17 janvier, leur refus de devenir américains, et elle concerne un territoire souverain rattaché à un membre fondateur de l’OTAN, le Danemark. Ce dernier est prêt à toutes les coopérations possibles avec Washington pour répondre à ses inquiétudes en matière de sécurité dans une zone arctique devenue stratégique.

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir et la succession de coups de force auxquels il s’est livré, les responsables européens ont longtemps considéré comme une priorité le fait de ménager par tous les moyens son ego pour ne pas remettre en cause l’Alliance atlantique et le soutien américain sur le dossier de l’Ukraine. C’est pour cette raison qu’ils ont multiplié les courbettes, les obséquiosités et accepté un accord commercial léonin négocié par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette dernière s’était convaincue qu’il valait solde de tout compte. Donald Trump en a conclu au contraire qu’il pourrait continuer sur la voie du diktat sans craindre la moindre réplique.

Le discours prédateur visant le Groenland le prouve, avant sans doute d’autres attaques contre la régulation européenne du numérique. Il rend intenable désormais la stratégie de l’apaisement à tout prix. Ce qui est en jeu dépasse en effet de beaucoup le nombre des habitants de la grande île. Il s’agit des principes d’intégrité territoriale, de souveraineté nationale et de droit à l’autodétermination. Ces principes sont constitutifs du droit international et c’est sur eux que repose le projet européen.

Des Etats ont fait front avec succès

Y renoncer revient à renoncer à ce sur quoi l’Union européenne s’est construite, et donc à donner raison à la « stratégie de sécurité nationale » publiée en décembre 2025 par l’administration Trump. Cette dernière entend en effet pulvériser les institutions européennes, avec le concours des partis d’extrême droite qui gravitent dans son orbite, pour pouvoir imposer sa loi à une mosaïque disjointe d’Etats qu’elle pourrait vassaliser à loisir. Il ne s’agit d’ailleurs pas que des Etats-Unis. La Russie et la Chine tireront les mêmes leçons, territorialement pour la première, économiquement pour la seconde, d’un renoncement des Européens à défendre leurs intérêts.

Lors d’une manifestation devant le consulat américain à Nuuk, au Groenland, le17 janvier 2026.

Inévitable si Donald Trump s’obstine, l’épreuve de force est nécessaire. C’est en effet la leçon qui peut être tirée des derniers mois qui ont vu des Etats faire front avec succès, comme la Chine et le Brésil, puisque Donald Trump ne semble respecter que ceux qui lui tiennent tête. L’Union européenne ne manque pas d’armes, pour peu qu’elle se décide enfin à les utiliser.

Il se trouvera bien parmi les dirigeants européens, surtout ceux qui parlent le plus fort de souveraineté pour se plaindre de Bruxelles, de courageux avocats de la passivité et de la capitulation. L’épreuve du Groenland aura également le mérite de montrer ce que vaut leur discours.

Le Monde



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