
Je me déplace régulièrement dans les quartiers populaires de Marseille depuis de très nombreuses années et, si je ne prends aucune mesure de protection particulière, je ressens une tension croissante, surtout lorsque des points de deal sont installés. Comme les personnes qui vivent et travaillent dans ces lieux, on reste forcément à l’affût d’un signal négatif émis par un guetteur ou un autre membre du réseau. On se fait parfois fouiller à l’entrée d’une cité ou on doit expliquer les raisons de notre présence là. L’année 2023, où 49 personnes ont été tuées dans des narcomicides à Marseille, a marqué, à ce sujet, un tournant. Les habitants se montrent désormais plus réticents au dialogue, méfiants à l’heure de confier le fond de leur pensée. Mieux vaut les avoir contactés en amont ou être accompagné d’un visage connu – travailleur social, voisin, figure du quartier… – pour briser cette méfiance. Ils se montrent aussi très désabusés face à des situations que les pouvoirs publics, Etat en tête, n’arrivent pas à juguler.
Les journalistes qui couvrent les procès liés au trafic de stupéfiants peuvent, de leur côté, se sentir plus vulnérables.
