La commissaire russe à l’enfance, inaudible à New York, se défend à Moscou

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Profitant de la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU qu’elle occupe de manière temporaire, la Russie tente de faire entendre la voix de Maria Lvova-Belova, commissaire russe à l’enfance et, surtout, seule responsable de ce pays visée par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) au côté de Vladimir Poutine.

Toute la semaine, l’instance onusienne a été le théâtre de passes d’armes entre Moscou et les Occidentaux autour de ces accusations de crimes de guerre portées par la CPI pour la déportation d’enfants ukrainiens en Russie. La délégation britannique avait ainsi prévenu qu’elle bloquerait la diffusion sur la chaîne Internet de l’ONU d’une intervention à distance de la commissaire, le 5 avril. « Si Maria Lvova-Belova veut s’expliquer sur ses actions, elle peut le faire à La Haye [siège de la CPI] », a résumé Londres.

Plusieurs représentants d’Etats occidentaux ont ensuite quitté la salle du Conseil de sécurité, pendant que cinquante pays estimaient dans une déclaration commune que « la Russie peut répandre toute la désinformation qu’elle veut, la vérité ne peut être effacée ».

« Mensonges absurdes »

A Moscou, Maria Lvova-Belova a pu s’exprimer sans entraves le 4 avril, lors d’une conférence de presse dans les locaux du ministère des affaires étrangères, destinée à combattre « les mensonges absurdes, les fake news et la désinformation colportés de manière malveillante », selon l’introduction de la porte-parole de ce ministère, Maria Zakharova.

Maria Lvova-Belova, qui a refusé ces derniers mois deux demandes d’interview du Monde, est apparue plus conciliante, sourire aux lèvres – le même que lorsqu’elle remerciait Vladimir Poutine, en février, de lui avoir offert la chance de devenir « mère d’un enfant du Donbass », à savoir un adolescent de 15 ans originaire de la ville ukrainienne de Marioupol, qu’elle avait alors présenté comme adopté.

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Si une partie des arguments avancés étaient déjà connus, l’insistance mise par Moscou à défendre des « opérations de sauvetage » montre que malgré le dédain avec lequel le mandat d’arrêt de la CPI a été accueilli officiellement (« une nullité juridique »), l’affaire est prise au sérieux. Jusque-là, les enfants ukrainiens étaient plutôt utilisés par la propagande, et certains d’entre eux avaient par exemple été exhibés à cette fin lors du concert organisé pour le premier anniversaire de l’attaque contre l’Ukraine.

Cherchant à relativiser les chiffres (Kiev évoque plus de 16 000 enfants « déportés »), la commissaire a rappelé que « depuis février 2022, plus de cinq millions de réfugiés sont arrivés en Russie depuis l’Ukraine ou les républiques du Donbass, avec parmi eux plus de 730 000 enfants ». Sur ce total, selon elle, 380 enfants ont été « placés dans des familles ».

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