Jeffrey Epstein possédait un compte bancaire chez BNP Paribas entre 2008 et 2018

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Il s’agit d’une page parmi 3 millions dans les dossiers Epstein, un courrier qui serait des plus banals si la banque française BNP Paribas ne l’adressait pas à « Mr Epstein Jeffrey » : « Cher monsieur, nous avons le plaisir de vous informer que votre carte INFINITE est disponible à votre agence. Vous pouvez venir la retirer, dès aujourd’hui (…). » Datée du 21 août 2014, cette lettre, corroborée par plusieurs centaines d’autres documents déclassifiés par le ministère de la justice américain, atteste que le prédateur sexuel et homme d’affaires sulfureux possédait un compte courant, assorti d’un compte d’épargne, chez BNP Paribas.

Si le financier déchu n’y a détenu qu’une infime partie de sa fortune – le solde oscille entre 50 000 et un peu plus de 200 000 dollars, selon les années –, il a fait transiter par son compte courant ouvert jusque mi-2018 de multiples paiements, comme le montrent les « Epstein Files ».

Comment Jeffrey Epstein, nimbé d’une telle aura toxique, a-t-il pu posséder un compte dans une banque connue pour sa vigilance sur les risques de réputation, et surtout, comment a-t-il pu le conserver jusqu’en 2018 ? Les banques n’ont-elles pas toute liberté pour lâcher leurs clients « à risque » ? Qu’en est-il de la règle d’or en matière de lutte contre l’argent sale, ce « know your customer » (« connais ton client ») qui oblige à identifier les clients et à détecter des opérations suspectes pour qu’il y soit mis fin ?

Signaux d’alerte

Nombre de voyants rouges auraient pu s’allumer. Dès 2008, Jeffrey Epstein avait été condamné pour sollicitation de prostitution de mineure et était inscrit au registre des délinquants sexuels. Le soupçon perdurait sur la poursuite de son comportement criminel. En 2011, Virginia Giuffre, née Roberts, avait raconté son martyre d’esclave sexuelle au Daily Mail. Et aux Etats-Unis, d’autres victimes déposaient une série de plaintes au civil.

Sur ses affaires aussi planait une odeur de soufre. Car s’il fascinait encore les milieux d’affaires et d’argent au début des années 2010, sa fortune intriguait. Surtout, son recours systématique aux paradis fiscaux des Caraïbes, et en particulier aux îles Vierges américaines, où il avait structuré l’essentiel de ses activités dans des sociétés écrans et des trusts, et immatriculé des yachts et des avions, opacifiait ses activités et l’origine de ses fonds.

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