« Il est illusoire de croire qu’un processus électoral puisse se réaliser en Haïti »

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Haïti est dans une situation de guerre. Plus de 8 100 homicides ont été enregistrés de janvier à novembre 2025 et les gangs armés continuent de se structurer, de se renforcer – militairement et économiquement – et de s’étendre territorialement. Ceux-ci contrôlent la quasi-totalité de la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, ainsi que ses entrées et sorties, mais aussi des parts toujours plus importantes des départements du Centre et de l’Artibonite. De plus, ils sont désormais connectés aux réseaux transnationaux du narcotrafic ; ce qui en retour accroît leur puissance.

En toute logique, Haïti est classé par la Maison Blanche parmi les pays les plus déconseillés aux voyageurs. Cela n’a cependant pas empêché celle-ci d’annoncer, sur fond de déclarations racistes, que prendrait fin le 3 février le statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens et Haïtiennes vivant aux États-Unis. Ceux-ci bénéficiaient depuis le séisme de 2010 de cette mesure renouvelable accordée à des ressortissants issus de pays traversant une crise majeure. Le département de la sécurité intérieure a décrété que la situation en Haïti s’était suffisamment améliorée pour permettre un retour « en toute sécurité », que le renvoi des Haïtiens constituait « un vote de confiance » stratégique en l’avenir du pays et, plus sûrement, que leur permettre de rester était « contraire à l’intérêt national des Etats-Unis ».

Un juge fédéral a in extremis suspendu temporairement la décision du gouvernement Trump, offrant un sursis à quelque 330 000 Haïtiens. L’épée de Damoclès pèse sur eux ainsi que sur Haïti, déjà confronté aux déportations massives de ressortissants depuis la République dominicaine (plus de 265 000 en 2025), alors que 1,4 million de personnes – soit 12 % de la population – sont déplacées du fait de la violence et que les espaces d’accueil sont insuffisants, saturés et manquent de tout.

L’expiration du mandat du conseil présidentiel de transition (CPT) à Haïti, le 7 février, a attisé les tensions et divisions au sein d’une classe politique davantage préoccupée par l’accaparement du pouvoir que par la situation dramatique de la population. La réprobation nationale et internationale est d’autant plus grande au vu du discrédit du CPT, incapable et engoncé dans des affaires de corruption, et de la menace que font peser les gangs armés. Mais en prétendant valider ou invalider les acteurs et les processus et discipliner la souveraineté populaire, la communauté internationale porte une large part de responsabilité.

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