Gisèle Pelicot livre sa « joie de vivre » sans solliciter ni compassion ni admiration

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« Et la joie de vivre », de Gisèle Pelicot (Flammarion, 320 p., 22,50 €).

Pour tout dire, on redoutait d’ouvrir ce livre, estampillé événement mondial, avec tout ce que cela préfigure d’enjeux commerciaux et de tentation de polissage. On le referme avec une double gratitude. Gratitude à Gisèle Pelicot qui nous prouve qu’en 2026, on peut être une icône planétaire sans soumettre le récit de sa vie à un avantageux bistouri. Et gratitude à Judith Perrignon pour l’ourlé délicat de sa mise en mots.

Gisèle Pelicot se raconte sans bravoure, ni dolorisme. Elle ne sollicite ni compassion ni admiration. Elle se réapproprie simplement son histoire, avant, pendant et après l’affaire des viols de Mazan. Faisant cela, elle échappe à tous. A celui qui a voulu la soumettre, le premier homme de sa vie, son mari et le père de ses enfants, Dominique Pelicot. Aux 50 hommes qui, avec lui, ont violé et souillé ce corps inerte dont elle s’est « dissociée », écrit-elle. A ceux qui ont disséqué l’affaire de Mazan comme on a disséqué son corps, « pièce à conviction » d’un dossier judiciaire, l’érigeant en héroïne, ou la réduisant au statut de « femme martyrisée ». « Je ne reconnaissais pas ma vie dans le résumé que d’autres en faisaient. J’avais été heureuse, j’en étais sûre. Je n’étais pas qu’une victime. »

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