en Wallonie, la gauche radicale taille des croupières aux socialistes

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Sofie Merckx, députée fédérale PTB, le 20 décembre 2023 

En ce samedi 25 mai, jour de marché à Châtelineau, une commune populaire de la banlieue de Charleroi, des centaines de badauds déambulent entre les échoppes de poulets rôtis, le snack Bismillah et la halle couverte où les stands de vêtements bon marché abondent, les vendeurs d’épices et les marchands de légumes. Foulard rouge autour du cou, tracts à la main et sac en bandoulière frappé du sigle du parti – une étoile au centre d’un cœur –, ils sont une demi-douzaine de militants du Parti du travail de Belgique (PTB) autour de la députée sortante Sofie Merckx.

A 49 ans, elle est la figure la plus connue de cette formation de la gauche radicale après Raoul Hedebouw, le président du parti, 46 ans, un tribun dont raffolent toutes les télévisions : fort en gueule et jamais à court d’une formule, il a déclaré la veille, sur la chaîne RTL-TVi, que sa formation était désormais candidate au pouvoir. « Clairement, pour tous les électeurs de gauche, a-t-il dit, l’enjeu, ce sera de rendre le PTB incontournable. Plus nous aurons de votes, plus le PS ou un parti comme Ecolo devront négocier avec nous. Le PTB pourra être dans un gouvernement. »

A deux semaines des élections fédérales et régionales qui, le 9 juin, seront couplées aux européennes en Belgique, cette formation a le vent en poupe et viendra vraisemblablement bouleverser le jeu : un sondage le créditait, samedi, de 14,5 % des intentions de vote en Wallonie et de 19,8 % dans la région de Bruxelles-Capitale. En Flandre, il s’établit à 9 % : M. Hedebouw, un parfait bilingue à la tête d’un parti encore national dans ce royaume déchiré, y multiplie les apparitions. Pas de quoi inquiéter le Vlaams Belang (extrême droite), donné à quelque 27 %, mais de quoi bousculer la gauche socialiste qui stagne et les écologistes qui s’effondrent.

« Réellement changer de cap »

Dans le Hainaut, où la Flamande Sofie Merckx a décidé de s’installer il y a une vingtaine d’années après un stage, l’objectif est de décrocher un quatrième siège de député et de tailler des croupières au PS de Paul Magnette, président du parti et maire de Charleroi. Il a récemment qualifié de « couillons » ses rivaux communistes – « froussards », corrigera-t-il ensuite –, accusés de « se cacher sous la table » quand il s’agit de prendre leurs responsabilités, de dépenser à tout-va pour assurer leur omniprésence sur les réseaux sociaux et de se complaire dans des slogans populistes.

« Ce que nous voulons, c’est réellement changer de cap, corrige Sofie Merckx. En revenir à la retraite à 65 ans [en 2024, elle a été fixée à 67 ans], augmenter le salaire minimum, taxer davantage les plus riches, limiter les privilèges des politiques. Il faut aussi corriger les pratiques et la mentalité liées à quarante années de domination du Parti socialiste », assure-t-elle. Longtemps détenteur de majorités absolues dans le Hainaut, le PS bataille aujourd’hui contre le parti libéral Mouvement réformateur pour conserver son leadership en Wallonie : les dernières enquêtes d’opinion les créditent tous deux de 22,5 % en Wallonie. Si cela se confirme, le PS aura perdu près de la moitié de son électorat en l’espace d’une quarantaine d’années.

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