
Le conseil présidentiel de transition (CPT) en Haïti a tiré sa révérence et laissé la place au premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, samedi 7 février, après avoir échoué à ramener l’ordre public dans un pays ravagé par la pauvreté et l’emprise des gangs. La passation de pouvoirs entre ce conseil, créé en avril 2024 pour ramener la stabilité, et le dirigeant haïtien de 54 ans a été encadrée par un important dispositif de sécurité face au contexte politique particulièrement tendu.
« Le mot d’ordre est clair : sécurité, dialogue politique, élections, stabilité. Monsieur le premier ministre, en ce moment historique, je sais que vous mesurez l’ampleur de la responsabilité que vous assumez devant la nation. Restez concentré sur les priorités du pays », a déclaré Laurent Saint-Cyr, le président du CPT, à l’intention de M. Fils-Aimé.
Alix Didier Fils-Aimé, qui était déjà premier ministre, devient, avec la dissolution du Conseil, la seule figure du pouvoir exécutif du pays. Il aura la lourde charge de composer avec une classe politique très divisée pour organiser des élections.
Près de 6 000 personnes tuées en 2025
Haïti subit depuis de nombreuses années la violence des bandes criminelles, qui commettent meurtres, viols, pillages et enlèvements. Plus pauvre pays des Amériques, il n’a pas connu de scrutin depuis 2016 et est privé de président depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021. Selon l’Organisation des Nations unies, les gangs contrôlent 90 % de Port-au-Prince, la capitale, et ont tué près de 6 000 personnes en 2025.
Face à la crainte d’un vide institutionnel, Washington, qui a envoyé cette semaine trois navires de guerre en Haïti, a ouvertement apporté son soutien à M. Fils-Aimé. A la fin de janvier, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, avait souligné « l’importance de son maintien au poste de premier ministre d’Haïti pour lutter contre les gangs terroristes et stabiliser l’île ».
Quelques jours plus tard, le département d’Etat avait sanctionné deux membres du CPT et un ministre, les accusant de soutenir des gangs. La police haïtienne mène depuis plusieurs semaines une large offensive contre ces bandes criminelles dans le centre de Port-au-Prince, qui a permis de déloger un de leurs membres les plus connus, Jimmy Cherizier, dit « Barbecue ».
