
Le célèbre activiste vénézuélien Javier Tarazona, détenu depuis juillet 2021 pour « terrorisme », « trahison » et « incitation à la haine », a été libéré dimanche 1er février, a rapporté son frère, Rafael Tarazona, à l’Agence France-Presse (AFP).
Cette libération intervient deux jours après l’annonce par la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, sous pression américaine, de la fermeture de la célèbre et redoutée prison de l’Hélicoïde où il était détenu. Sa libération survient moins d’un mois après la capture du président Nicolas Maduro par l’armée américaine.
Javier Tarazona est l’un des prisonniers politiques les plus emblématiques au Venezuela. De nombreuses organisations non gouvernementales, dont Amnesty International, réclamaient sa libération. Relâché sur le parvis d’une église – les autorités ne libèrent souvent pas les détenus devant les prisons –, il a été applaudi par de nombreux fidèles aux cris de « Liberté ! Liberté ! Liberté ! ».
Après ses « 1 675 jours » de détention, il a estimé que chaque journée en prison était « trop de douleur pour un être humain », dans un entretien à l’AFP. « 1 675 jours dans un endroit sombre (…) Il n’est pas possible que ce type de situation continue de se répéter. Il n’est pas possible qu’il ait fallu ce qui s’est passé [l’intervention américaine] pour que nous puissions sortir », a-t-il confié.
Le pouvoir vénézuélien a promis le 8 janvier des libérations de prisonniers politiques, mais ces dernières ont lieu au compte-gouttes. Une loi d’amnistie annoncée vendredi par Mme Rodriguez devrait permettre d’accélérer la procédure.
Le Venezuela compte encore au moins 711 prisonniers politiques, dont 65 étrangers, selon l’ONG Foro Penal. Des dizaines de proches campent toujours devant les prisons du pays, attendant des libérations, mais ils sont désormais optimistes après l’annonce vendredi de la loi d’amnistie qui bénéficiera aux détenus politiques.
« Tortures et traitements inhumains »
Directeur de l’ONG de défense des droits humains Fundaredes, Javier Tarazona était devenu un personnage médiatique pour ses nombreuses révélations autour de la situation à la frontière entre le Venezuela et la Colombie.
Très bien informé sur la zone frontalière, Fundaredes avait notamment alerté en 2021 sur les affrontements entre des groupes d’irréguliers colombiens et l’armée vénézuélienne avant que le pouvoir du président Nicolas Maduro n’en fasse état. Fundaredes a accusé le pouvoir d’héberger sur le territoire vénézuélien des leaders des guérillas colombiennes et d’entretenir des liens avec celles-ci.
La situation est très instable sur une grande partie des 2 200 kilomètres de frontière entre le Venezuela et la Colombie avec la présence de guérillas, de groupes armés et de narcotrafiquants. Fundaredes y a notamment développé un réseau d’informateurs dans des zones peu accessibles.
Pendant les quelques audiences de son procès sans cesse repoussé et auquel a assisté l’AFP, il avait pu s’exprimer sur son arrestation, dénonçant notamment des tortures au début de son incarcération.
Il avait affirmé que pendant les premiers mois de sa détention, il avait été victime de « tortures et traitements inhumains » dans la célèbre prison de l’Hélicoïde de Caracas : « J’ai reçu des coups, des coups, des coups. On ne voyait pas le soleil. On n’avait pas d’eau potable. On nous faisait uriner et déféquer dans les récipients dans lesquels on devait manger. »
