
Du soleil plutôt que des missiles, peut-on rêver meilleur symbole pour les Verts allemands ? A l’endroit même où étaient stationnés, dans les années 1980, les célèbres Pershing, ces missiles nucléaires américains destinés à dissuader le bloc soviétique de s’aventurer à l’ouest du rideau de fer, s’étendent aujourd’hui de vastes champs de panneaux solaires, alignés en rangées régulières. Par endroits, un reste de béton affleure sous l’herbe rase. « Ici, il y en avait un », montre Volker Nick, 70 ans, figure du mouvement de protestation en Allemagne contre ce qu’on appelait alors les « fusées nucléaires ».
C’est à Mutlangen, minuscule village du Bade-Wurtemberg, à une heure à l’est de Stuttgart, qu’aux dernières heures de la guerre froide, l’armée américaine avait érigé, pointés vers le ciel, 36 des 108 missiles nucléaires déployés en Allemagne. La lande de Mutlangen était devenue le théâtre d’incessantes manifestations, rassemblant jusqu’à 30 000 personnes venues de tout le pays pour former une chaîne humaine afin d’empêcher le passage des convois américains. « Mieux vaut être rouge que mort », scandaient alors les protestataires.
« AutoLand »
Le mouvement antinucléaire, dont l’héritage demeure fort dans la région, fut aux origines de la création du parti des Verts allemands, fondé en 1980 dans le Bade-Wurtemberg, où se tiennent, dimanche 8 mars, des élections régionales à fort enjeu pour la formation politique, défiée sur son propre terrain par l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Laboratoire du parti, ce Land situé à la frontière française est en effet le seul des 16 Länder allemands à être dirigé par un Vert, Winfried Kretschmann, élu sans discontinuer depuis 2011 et qui prend sa retraite cette année. Son secret ? Un positionnement au centre, conservateur en matière d’immigration et libéral économiquement, compatible avec la puissante industrie automobile implantée historiquement dans cette région que les Allemands surnomment « AutoLand ». Loin, très loin des militants pacifistes chevelus des années 1980.
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