De l’art difficile de reproduire des expériences scientifiques

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La recherche scientifique est souvent faite d’inattendus. Un groupe de chercheurs voulait ainsi trancher une controverse en biologie, en refaisant à l’identique une expérience très citée dans ce domaine et vieille d’une dizaine d’années. Mais ils ont échoué à reproduire la première phase, et n’ont donc pas pu se lancer dans la seconde, pourtant au cœur de leur intention initiale. En chemin, ils n’ont pas tout perdu : ils ont identifié de possibles manquements à l’intégrité scientifique dans deux articles de la même équipe.

Reprenons. En 2021, le Conseil européen de la recherche finance, pour plus de 8 millions d’euros, le projet NanoBubbles, dont l’ambition est de comprendre comment « la science se corrige elle-même ». La recherche, pilotée par quatre chercheurs des universités de Maastricht, de Radboud (Pays-Bas), de Paris Sorbonne Nord et de Grenoble-Alpes, comprend un volet de réplication, c’est-à-dire la reproduction à l’identique de plusieurs expériences de biophysique ayant en commun la pénétration de nanoparticules à l’intérieur des cellules à des fins d’imagerie ou de thérapie.

« Mais il y a un paradoxe. Des milliers d’articles décrivent ces nanoparticules atteignant leur cible dans la cellule, alors qu’elles se trouvent enfermées dans des vésicules limitant leur action », résume Raphaël Lévy, professeur à l’université Paris Sorbonne Nord, responsable des réplications, qui entend sortir de cette contradiction par la science. Son équipe a donc fait les choses rigoureusement. Elle a choisi un article très cité, plus de 500 fois, publié en 2012 dans Angewandte Chemie par l’université Tongji (Chine), montrant que des nanoparticules de carbone peuvent se lier à des ions cuivre à l’intérieur d’une cellule, engendrant une fluorescence visible au microscope. Puis, avant toute expérience, elle a rédigé un article exposant la méthode qu’elle entendait suivre, publié en 2024 dans un journal spécialisé, Peer Community in Registered Report.

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