
Les cris de joie entendus à Téhéran dès l’annonce de la mort d’Ali Khamenei, Guide suprême de la révolution islamique depuis 1989, samedi 28 février, ont constitué son épitaphe. Son assassinat lors de la première vague de bombardements américano-israéliens a confirmé que l’objectif de Donald Trump et de Benyamin Nétanyahou est un changement de régime en Iran. De fait, cette attaque massive lancée ne répondait à aucune urgence. Contrairement à ce qu’a affirmé Donald Trump dans l’allocution qui a accompagné les premières frappes, il n’existait pas de « menaces imminentes » pesant sur « le peuple américain » pour la justifier.
Depuis avril 2024, le régime iranien avait été profondément affaibli militairement par les trois cycles d’affrontement direct avec Israël, qui avait reçu le renfort des Etats-Unis en juin 2025. A cette occasion, Donald Trump s’était empressé d’affirmer que le programme nucléaire iranien, devenu le cœur d’une confrontation de près d’un demi-siècle entre Téhéran et Washington, avait été « anéanti ». Le réseau des alliés régionaux de l’Iran, patiemment mis sur pied par le régime pour maximiser ses capacités de nuisance, avait été également durablement amoindri par les bombardements israéliens après les massacres du 7-Octobre perpétrés par le Hamas palestinien soutenu par Téhéran.
Convaincu de pouvoir l’emporter aisément, Donald Trump s’est lancé dans une guerre de choix dont il avait enclenché le mécanisme il y a près de huit ans, le 8 mai 2018. Il avait alors retiré son pays de l’accord international patiemment négocié par son prédécesseur, Barack Obama, qui visait à répondre par la diplomatie au problème posé par les ambitions nucléaires de l’Iran.
Critiqué sans relâche par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, cet accord établissait un contrôle strict du programme iranien en échange de la levée de sanctions internationales. Il ouvrait la voie à une réintégration internationale de l’Iran qui ne pouvait que conforter le courant le plus modéré du régime.
Vagues de répression
En déchirant cet accord tout en prétendant être capable de parvenir à un compromis encore plus contraignant, Donald Trump prenait un pari hasardeux et renforçait au contraire l’aile dure iranienne autour d’Ali Khamenei. L’enfermement du régime avec pour seul objectif son maintien au pouvoir l’a rendu par la suite incapable d’apprécier le nouveau rapport de force régional. Surtout, il l’a conduit à multiplier les vagues de répression contre un peuple qui payait chaque jour les conséquences de son acharnement à durer. Le bain de sang dans lequel il a noyé, en janvier, le dernier soulèvement en date l’a confirmé dramatiquement.
Personne ne regrettera sa chute éventuelle. Mais cette dernière pourrait ouvrir une phase de grande instabilité en Iran, où une petite caste militaro-sécuritaire a tout à perdre de son renversement, comme dans l’ensemble de la région. La situation qui prévaut partout où l’armée israélienne a frappé au cours des deux dernières années, à Gaza, au Liban et en Syrie, ne peut qu’alimenter l’inquiétude.
Entré en politique en dénonçant l’aventurisme guerrier de George W. Bush en Irak, Donald Trump n’a jamais fait la preuve de son goût pour les efforts diplomatiques et militaires de longue haleine, ni de sa capacité à assumer les conséquences d’une décision funeste. C’est dire les risques que comporte sa guerre contre l’Iran, qu’il a déclaré seul, sans aucun mandat des Nations unies, et dont il sera donc seul comptable.
