
Elle est l’inspiratrice et la véritable héroïne du film de Mélisa Godet La Maison des femmes, qui sort le 4 mars au cinéma. Cette gynécologue-obstétricienne, née à Beyrouth en 1959, est fort différente de l’actrice Karin Viard qui l’incarne à l’écran. Pourtant, ce sont bien sa passion et son énergie contagieuses qui transparaissent dans le film, elle qui n’a jamais cessé de tendre la main aux femmes en détresse et de combattre toutes les violences auxquelles elles sont exposées.
Je ne serais pas arrivée là si…
… Si je n’étais pas née au Liban, si je n’avais pas eu trois frères et si je n’avais pas vécu le chaos d’une guerre civile. Après, ce fut une succession d’opportunités que j’ai pu ou su saisir. Disons que j’ai eu la chance de bénéficier d’une fenêtre de tir pour passer mon bac, postuler pour faire des études en France et m’envoler loin de mon pays.
Tout s’est donc noué au Liban ?
L’enfance ne décide pas tout mais donne des repères. Naître femme en terre d’Orient conditionne beaucoup de choses, même si le Liban était alors considéré comme très progressiste. On l’appelait « la Suisse du Proche-Orient », et on avait le sentiment d’être un avant-poste de l’Occident, ce qui nous donnait parfois un sentiment de supériorité dans la région. J’ai fait toute ma scolarité au lycée français de Beyrouth, auprès de jeunes profs qui venaient de France avec le statut de « détaché militaire » et, surtout, la passion de transmettre leur goût de la culture et de la littérature françaises : Camus, Sartre, Beauvoir, Eluard… En les écoutant, je me disais : quand je serai grande, je veux être comme ça, libre ! J’ai été biberonnée aux valeurs des Lumières et de la laïcité. C’est ce qui m’a construite et m’a permis de m’affranchir de ce qui pèse sur les femmes.
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