
Alors que les alertes scientifiques sur la qualité de l’eau potable se multiplient, le gouvernement envoie un signal préoccupant : la protection de l’eau peut attendre. Le 13 janvier, le premier ministre a en effet annoncé un moratoire général sur la politique de l’eau [le 13 janvier, sur X], suspendant l’ensemble des évolutions réglementaires en cours dans l’attente d’une future loi d’urgence agricole. Il s’agit d’un choix politique qui mérite d’être interrogé tant il engage directement et de manière préoccupante la santé publique et l’avenir des générations à venir.
Les données scientifiques sur la pollution des sols, de l’eau, de l’air et leurs conséquences sur la santé s’accumulent et sont désormais sans ambiguïté. En 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a montré que des métabolites du chlorothalonil, un pesticide interdit en 2019 pour ses risques cancérogènes, étaient détectés dans plus de la moitié des eaux destinées à la consommation. En Normandie, les concentrations au robinet de cette molécule, mais aussi du chloridazone, un herbicide lui aussi interdit, dépassaient toutes deux largement les valeurs sanitaires recommandées.
Face à ces dépassements massifs, la réaction des autorités interroge : la direction générale de la santé a autorisé la distribution de cette eau, faisant courir un risque sanitaire dont l’ampleur n’est pas mesurable faute de données suffisantes, fiables et indépendantes et de prise en considération des effets cocktails. Si cette eau reste conforme, ce n’est pas parce que la pollution a reculé, mais parce que les normes ont été assouplies après un avis de l’Anses en 2024 : le métabolite R471811 du chlorothalonil a été reclassé et la limite de qualité relevée. La norme s’est ainsi ajustée à la contamination.
La limite à 0,1 microgramme par litre (µg/l) pour chaque pesticide détecté dans l’eau potable relève d’un choix technique et réglementaire et non d’un seuil sanitaire fondé sur les connaissances de ses effets sur la santé. L’exemple du chlorpyrifos, un insecticide interdit pour sa neurotoxicité, est éclairant : des études montrent que, pendant la grossesse, des expositions à des doses très faibles sont associées à une baisse du quotient intellectuel ainsi qu’à des troubles de la mémoire et du langage chez les enfants exposés in utero.
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