« La suppression des permissions de sortir maximise le risque de récidive des détenus »

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Le régime carcéral des personnes condamnées est à nouveau au cœur de polémiques nourries par des contre-vérités. Un fait symbolisant un prétendu laxisme – comme l’autorisation donnée à un condamné pour trafic de drogue de rencontrer un futur employeur –, amplifié par la caisse de résonance médiatique, conduit trop souvent les responsables publics à durcir un régime présenté comme trop favorable.

Si l’on juge le degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses prisonniers, selon la formule attribuée à [l’écrivain russe] Fiodor Dostoïevski (1821-1881), celles et ceux qui travaillent en détention constatent une régression sociale préoccupante. Les personnes condamnées ne sont pas seulement privées de liberté, elles sont aussi privées de dignité : dans des prisons suroccupées (86 229 personnes détenues pour 63 613 places au 1ᵉʳ décembre 2025, dont 6 400 sur des matelas au sol), elles ont un accès restreint au travail et aux soins. Des directives récentes du garde des sceaux, Gérald Darmanin, les privent désormais de participer à des activités culturelles et sportives à l’extérieur de la prison.

La peine, jadis conçue comme une vengeance, s’est civilisée. Sans perdre sa fonction rétributive – le crime se paie en années de prison –, elle doit aussi préparer un retour à la vie libre, qui ne se limite pas au moment où le condamné laisse derrière lui les portes de la prison. Après la peine s’ouvre une séquence pendant laquelle la personne devra vivre sans blesser, sans violer, sans vendre de drogue. La criminologie nous enseigne que l’aménagement de la peine est la meilleure voie pour y parvenir.

Les condamnés à un emprisonnement de plusieurs années, voire décennies, peuvent bénéficier de permissions de sortir. Les permissions collectives font office de test pour une première sortie après un long enfermement : elles ont lieu sous contrôle pénitentiaire, ce qui sécurise grandement ce moment sensible. Elles sont aussi l’occasion d’un court retour dans la cité pour ceux qui vivent dans l’univers carcéral : participer à une sortie sportive, contribuer à une activité solidaire ou artistique.

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