
Un président des Etats-Unis ne devrait pas dire ça. Tandis que le dollar chutait à son plus bas niveau depuis 2022, Donald Trump déclarait lors d’un déplacement dans l’Iowa, mardi 27 janvier : « Je trouve ça formidable ! », estimant que la valeur actuelle du billet vert (aux alentours de 1,20 euro pour 1 dollar) est « excellente » et que la devise américaine « se porte à merveille. » Cet enthousiasme a été tout de suite interprété par les cambistes comme un encouragement à continuer à se débarrasser de leurs dollars.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a eu beau tenter d’éteindre l’incendie en affirmant dès mercredi que les Etats-Unis restent attachés à une monnaie forte, le message a été reçu cinq sur cinq par les marchés : le dollar n’est plus perçu comme la valeur refuge qu’il a été.
Après le feuilleton des droits de douane, les Etats-Unis sont en train de s’infliger un nouveau dommage sur la foi d’un raisonnement erroné. Même si M. Trump a envoyé des messages contradictoires sur le dollar depuis son premier mandat, il garde une obsession qu’il répète comme un mantra : une monnaie faible stimule les exportations et l’emploi, tandis qu’une devise trop forte étouffe l’économie. Le raisonnement, d’un simplisme confondant, est démenti par des dizaines de données empiriques.
Un dollar plus faible peut effectivement doper les exportations des entreprises américaines. Mais celles-ci ne représentent qu’un peu plus de 10 % du produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis. Pour les 90 % restants, le calcul à courte vue de M. Trump n’est pas une bonne nouvelle. L’effet miroir d’une baisse du billet vert est une augmentation du coût des importations, qui se traduira par plus d’inflation, et réduira les marges de manœuvre de la Réserve fédérale (Fed) pour baisser ses taux, comme le réclame pourtant le président des Etats-Unis.
Autrement dit, si la préoccupation première de M. Trump était réellement le pouvoir d’achat des Américains et une politique monétaire plus souple pour doper la croissance, il devrait plutôt s’inquiéter de la faiblesse du dollar.
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