« L’heure est arrivée d’abandonner le modèle déresponsabilisant de consommation passive du soin marchandisé »

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Il y a vingt-cinq ans, le système de soins français était considéré comme l’un des meilleurs au monde. Comme dans tous les pays développés, les progrès sanitaires spectaculaires, portés par cinq décennies de croissance économique, ont transformé la maladie, la souffrance et la mort en simples problèmes techniques, appelés à être résolus par la science et la technologie. Le soin est devenu une commodité presque gratuite et un droit fondamental.

Le ralentissement de la croissance se traduit par des restrictions budgétaires toujours plus nombreuses, qui affectent de plein fouet le système de soins. L’austérité vient d’être confirmée par la loi de financement de la Sécurité sociale 2026.

Dans ce contexte tendu, l’optimisation est devenue le socle du management hospitalier. Optimisation des flux de patients grâce au « virage ambulatoire » ; optimisation des activités rémunératrices (médecine, chirurgie, obstétrique) au détriment de celles qui le sont moins (psychiatrie) ; optimisation des ressources humaines, aboutissant à 60 000 postes vacants d’infirmiers et 4 000 postes de praticiens hospitaliers ; optimisation financière de l’industrie du médicament et des dispositifs médicaux, dont la délocalisation massive a très fortement augmenté la dépendance à des chaînes d’approvisionnement mondialisées, toujours plus complexes et fragiles.

Par ailleurs, un certain antagonisme s’est installé entre médecine et environnement. L’activité du soin participe au dérèglement climatique (8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre) et aux pollutions environnementales (déchets, contamination de l’eau, perturbateurs endocriniens, etc.). A l’inverse, l’état dégradé de l’environnement affecte directement la santé humaine.

Enorme défi

Bien que la crise liée à la pandémie de Covid-19 ait contribué à mettre au jour la fragilité du système de soins, rien n’a vraiment changé depuis. Faute de recensement, les dysfonctionnements quotidiens – ruptures d’approvisionnement en médicaments et en dispositifs médicaux, pannes informatiques, pénurie de personnel… – sont largement sous-évalués. En restant focalisés sur des indicateurs obsolètes, nous continuons à délivrer des certifications d’excellence à des hôpitaux pourtant aux abois.

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