
Ce scrutin est l’occasion d’un nouveau départ politique et économique pour la Birmanie, selon la junte militaire, qui dirige la Birmanie le pays depuis le coup d’Etat qui a renversé le dernier gouvernement civil en 2021. Le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (PUSD), principal parti pro militaire de Birmanie a revendiqué, lundi 26 janvier, la victoire dans les élections législatives organisées par la junte.
« Nous avons déjà obtenu une majorité », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) un responsable du PUSD, sous couvert d’anonymat car n’étant pas autorisé à communiquer les résultats partiels. « Nous sommes en position de former un nouveau gouvernement », a-t-il ajouté. « Comme nous avons remporté l’élection, nous allons aller de l’avant ». Les résultats officiels doivent être annoncés plus tard dans la semaine.
Les bureaux de vote avaient ouvert leurs portes dimanche pour le dernier tour de ces élections législatives. Le taux de participation aux deux premiers tours de scrutin, qui se sont déroulés le 28 décembre et le 11 janvier, a été d’environ 55 %, bien en deçà des près de 70 % enregistrés lors des législatives de 2020 et 2015. Les électeurs de 60 cantons du pays sont appelés aux urnes, notamment dans les grandes villes de Rangoun et de Mandalay.
Le PUSD a déjà obtenu 193 sièges à la chambre basse du Parlement et 52 sièges à la chambre haute, selon la commission électorale. Les députés des deux chambres du Parlement se réuniront ensuite en mars pour choisir le président. Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, n’a pas exclu la possibilité de démissionner de son poste de général en chef afin d’endosser ce rôle civil.
La Constitution, rédigée par l’armée, réserve par ailleurs un quart des sièges de chaque chambre aux forces militaires. Des analystes décrivent le PUSD, dont de nombreux responsables sont d’anciens officiers militaires, comme le principal relais politique de la junte qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat en 2021, renversant le gouvernement de la figure démocratique et lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi et plongeant le pays dans une guerre civile.
Un scrutin contesté et une opposition muselée
Après avoir gouverné par la force pendant cinq ans, la junte a présenté les élections législatives comme un retour à la démocratie. Mais le scrutin n’a pas pu se tenir dans de larges zones contrôlées par les rebelles, où des guérillas pro démocratie combattent la junte aux côtés de mouvements armés issus de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.
La lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, destituée par l’armée quelques mois après la victoire écrasante de sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) aux dernières élections générales de 2020, est toujours en détention, et le parti politique qu’elle a mené au pouvoir a été dissous.
De nombreux pays et observateurs internationaux ont condamné les élections, marquées par une répression des voix dissidentes, et des listes majoritairement composées de partis favorables à l’armée.
« Le résultat le plus important des élections est la réaction de la communauté internationale », a dit la semaine passée le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Birmanie, Tom Andrews. « L’acceptation internationale de cet exercice frauduleux ferait reculer la résolution véritable de cette crise », a-t-il alerté.
Il n’existe pas de bilan officiel de la guerre civile en Birmanie et les estimations varient largement. Selon le groupe de surveillance ACLED, plus de 90 000 personnes ont été tuées, tous camps confondus. L’ONU estime que près de la moitié des 50 millions de Birmans vivent sous le seuil de pauvreté.
