« Nous marchions dans le sang »

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Des familles à la recherche de leurs proches parmi les corps placés dans des sacs mortuaires, devant le centre médico-légal de Kahrizak, dans la banlieue de Téhéran, le 9 janvier 2026.

« Aux urgences, la nuit du 8 janvier où je travaillais, nous marchions tous en bottes tant il y avait de sang sur le sol. » Ce message vocal envoyé par un médecin de garde dans le nord de l’Iran, qui préfère rester anonyme, est arrivé dans un groupe familial le 15 janvier, à la faveur d’une connexion Internet miraculeuse qui n’a duré que quelques minutes. Depuis le 8 janvier, la majorité des Iraniens sont privés d’Internet, alors que les manifestations contre le régime ont fait l’objet d’une répression inédite.

« On nous avait interdit d’avoir des téléphones dans l’enceinte de l’établissement, ajoute le soignant. Ce soir-là, dans notre hôpital, qui est une petite structure, nous avons compté sept corps inanimés. Il y avait un garçon de 16 ans touché par balle à qui nous avons dû retirer un rein. Pour un autre patient, nous avons été obligés d’amputer une jambe au-dessous du genou. J’ai les larmes aux yeux en vous en parlant. »

Le 20 janvier, le même médecin est brièvement de retour en ligne. « Le soir [de la première grande mobilisation] du 8 janvier, nous avons tous dormi à l’hôpital. Nous avons pris en charge une centaine de blessés. Les forces de l’ordre tiraient pour tuer : dans le cou, dans la tête, dans l’abdomen, explique-t-il, par messagerie, au Monde. J’ai demandé des informations à deux autres hôpitaux de notre ville, sur un total d’une dizaine d’établissements. Ensemble, nous avons compté 17 morts la première nuit. Chez nous, ils ont aussi amené un bassidj [membre de la milice religieuse]. Son visage était défoncé, probablement par un couteau et un bâton. Il a été rapidement transféré dans un hôpital réservé aux membres des gardiens de la révolution. »

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