Quand la géopolitique ressemble à un immeuble en surchauffe en proie à des embrouilles de paliers

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Livre. Tout cela est-il vraiment sérieux ? Les fracas du monde, les guerres séculaires, les haines historiques, lorsqu’ils sont vus comme des batailles de voisinage au sein d’une immense copropriété en surchauffe, paraissent soudain d’une désarmante simplicité. Dans une bande dessinée qui se dévore, La Guerre des voisins. La géopolitique à hauteur d’immeuble (Dargaud, 2025), Mikko, professeur de philosophie au lycée, épaulé par son collègue prof Péron (Aurélien Péron), transforme le monde en un gigantesque immeuble. Chaque continent occupe un étage, et chaque pays, un appartement.

Par cette astuce, les bouleversements de l’ordre mondial d’après-guerre, le conflit israélo-palestinien, les tensions entre l’Inde et le Pakistan, l’invasion russe en Ukraine, le réchauffement climatique… sont croqués de façon didactique, maniant un humour parfois noir pour permettre au lecteur de comprendre les grands enjeux du monde contemporain. Lorsque les dessins ne suffisent plus, le professeur Péron propose, sur une page, une brève synthèse des questions abordées.

Pour planter le décor, un déroutant personnage, le promoteur Jean-Seb, fait le tour du propriétaire sur un ton proche de l’indécence. Il vante les appartements avec vue sur mer ou pas. Admet que la décoration est parfois minimaliste et ennuyeuse (Suède). « Celui-là, on va pas se mentir, hyperhumide, DPE [diagnostic de performance énergétique] pas bon, on y bouffe mal, la déco est claquée… Mais la zique est bonne », résume le promoteur en présentant « l’appart » Royaume-Uni.

« Concours de gonflette »

Puis Jean-Seb ouvre la porte de l’appartement Palestine, en ruine, reconnaissant que les lieux nécessitent quelques travaux malgré un « gros potentiel ». Il brandit la solution ad hoc, montrant le prospectus du « Donald Project » et son idée de « riviera » à Gaza. Une référence à l’ambition sans complexe de Donald Trump de faire de l’enclave palestinienne, dont la population civile a été massacrée et affamée par Israël, une station touristique de luxe et un hub technologique croulant sous l’argent des Etats-Unis et des pays du Golfe.

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