
Ce jour-là, Dilnur Reyhan, la militante revenue de tant d’épreuves, a versé quelques larmes. C’était le 13 octobre 2025, à la sortie du tribunal d’Evry. La justice française venait de la condamner à une petite peine, 150 euros d’amende pour dégradation, en l’occurrence un jet de peinture sur le stand de l’ambassade de Chine à la Fête de L’Humanité, en 2022. Mais cette sociologue de 42 ans, fine silhouette et longue chevelure brune, n’a pu s’empêcher de pleurer. Des larmes de fatigue et de colère contre ce qu’elle percevait comme un harcèlement judiciaire orchestré par Pékin.
A la Fête de L’Huma, la peinture était à l’eau, mais d’un rouge vif, comme le sang des Ouïgours, ce peuple turcophone et musulman soumis à une répression drastique dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, dans l’Ouest chinois. Un peuple dont Dilnur Reyhan, exilée en Europe depuis vingt et un ans, incarne plus que jamais le combat.
En 2023, le tribunal avait d’abord prononcé un non-lieu en sa faveur, avant que le parquet général n’ordonne la relance des poursuites. Le jugement, dont elle a fait appel, l’oblige aussi à régler les frais d’avocat des plaignants, membres de l’ambassade. « Les autorités chinoises essaient de l’intimider en lui infligeant un coût financier et psychologique, estime Yalkun Uluyol, spécialiste de la Chine au sein de l’ONG Human Rights Watch. Pékin a peur des voix comme la sienne. »
La « voix » de Dilnur Reyhan s’exprime souvent en France, pays dont elle a obtenu la nationalité en 2015. Après avoir longtemps enseigné à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), à Paris, elle a créé, en 2019, l’Institut ouïghour d’Europe (IODE). Désormais chercheuse à l’Institut oriental de l’Académie des sciences de la République tchèque, elle se partage entre Prague et Paris.
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