
LETTRE DE MALMÖ

Il n’y aura finalement pas de raids de la police au petit matin, pour tenter de prendre en flagrant délit ceux qui se trouveraient sur le territoire suédois sans titre de séjour valide. L’extrême droite avait évoqué l’idée pendant la campagne électorale. Lors d’une conférence de presse, le 30 mars, le patron des Démocrates de Suède (SD), Jimmie Akesson, a bien été obligé de reconnaître que « frapper à toutes les portes du pays ne serait pas une façon sensée d’utiliser l’argent des contribuables ».
Pas question, pour autant, de renoncer à l’organisation du recensement. Les SD le réclament depuis des années, arguant que les chiffres officiels mentent sur le nombre de personnes vivant dans le royaume scandinave. Ils ont fini par rallier les conservateurs à leur cause. Victorieuses aux élections législatives du 11 septembre, la droite et l’extrême droite l’ont inclus dans leur accord de coalition.
Il ne restait plus qu’à en fixer les modalités. Le 30 mars, la ministre des finances, la conservatrice Elisabeth Svantesson, a annoncé que le gouvernement allait verser 500 millions de couronnes (44 millions d’euros) à l’Office des impôts, qui a jusqu’au mois de septembre pour faire des propositions. « La Suède a largement perdu le contrôle de sa population », avance le patron des SD, M. Akesson, en raison d’« une politique de l’immigration irresponsable », qui aurait conduit à une « société de l’ombre » dont les autorités « ignorent l’ampleur ».
Un sésame qui en dit long
Le pays scandinave se vante pourtant régulièrement d’avoir un des meilleurs systèmes de comptage de sa population au monde. Dès 1631, l’Eglise luthérienne évangélique a commencé à tenir des registres paroissiaux détaillés, sur le modèle de ce que faisait l’Eglise catholique en France depuis 1539. A partir de 1749, le Tabellverket (Bureau des tables), premier institut de statistique officiel au monde, compile ces registres pour obtenir un tableau de la population suédoise. Des questionnaires sont envoyés aux habitants du royaume pour le compléter.
Depuis 1947, chaque personne qui réside dans le pays nordique dispose aussi d’un personnummer – un numéro d’identification personnel, délivré par l’Office des impôts. Sans ces dix chiffres, impossible d’ouvrir un compte bancaire, de souscrire un abonnement téléphonique ou de toucher des allocations. Un sésame qui permet aussi, en croisant les registres – éducation, armée, santé, services sociaux, taxes –, d’obtenir une image détaillée des résidents du pays.
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