
Le 13 novembre 2015, la France a basculé. Au Bataclan, dans les rues de Paris, les sirènes, les cris, la peur. Dix ans plus tard, le souvenir reste vif. Pour nous, policiers, secouristes, médecins, cette nuit a bouleversé nos certitudes. Nous avons dû adapter notre manière d’intervenir. Nous savions depuis plusieurs années que des tueries de masse étaient probables, nous nous y préparions intensément. Cette anticipation nous a aidés à ne pas subir et agir aussi par intuition.
Malgré des attentats sur plusieurs sites, l’inimaginable et le chaos, la chaîne de secours a tenu. Les premières équipes de policiers et de pompiers ont réagi avec sang-froid et courage, souvent sans attendre d’ordre, guidées par un seul réflexe : sauver. Puis les services spécialisés de la police nationale sont intervenus avec leurs médecins tactiques, sous la menace des terroristes. Nous avons soigné et extrait des victimes dans des conditions extrêmes, et des vies ont été arrachées à la mort. C’était la première fois qu’une évacuation de très nombreux blessés était réalisée avant l’assaut des forces d’intervention.
Cette nuit-là, nous avons collectivement accompli des actions inimaginables : c’est sur cette force que nous avons bâti les améliorations qui ont suivi. Parler d’« enseignements » ne veut pas dire que nous avons échoué, mais que nous avons regardé la réalité en face. Depuis 2015, nous avons donc organisé des débriefings et retours d’expérience, des exercices et des formations. Nous avons échangé avec nos collègues du monde entier. Cela a posé les bases d’une nouvelle culture d’intervention en situation de menace : celle du secours tactique.
Je me souviens des nombreux travaux avec les services britanniques : ils se sont inspirés de notre savoir-faire après l’attentat de Manchester en 2017 pour pallier le risque du « vide thérapeutique » dans la « zone rouge » en l’absence de médecin tactique. Avant 2015, la doctrine française du secours – justifiée par la création des SAMU – reposait sur un principe simple : l’hôpital vient au blessé.
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